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Le voyage en Asie de l'Am 143 n°100

Le 20 octobre 1936, l'Amiot Am 143 n°100, immatriculé E327, décolle de Villacoublay. Il y reviendra le 15 décembre après avoir mené à bien une mission de reconnaissance pour un raid vers l'Indochine. Il était équipé de moteurs Gnome-Rhône GR 14 KNo et d'hélices à pas variable Ratier destinés à l'hydravion Am 150. D'une façon générale, il reprend des trajets exploités régulièrement par des compagnies aériennes, qu'il s'agisse des Impérial Airways, de la KLM ou d'Air Orient dont il utilise les étapes habituelles.

Équipage :   Cdt du Castet, Cne Archambault, Cne Boulmer, Sgt radio Prudon, Adjt-chef mécanicien Maillard
Dates :                    20 octobre - 15 décembre 1936
Trajet :                    Villacoublay, Saigon, Hanoï et retour

La tournée africaine du Général Denain

Début 1937, le Général d'Armée Aérienne Victor Denain, inspecteur des forces françaises d'outre-mer, entreprend une tournée africaine avec un Potez Po 540 (nous ignorons s'il s'agissait d'un appareil de l'escadrille ministérielle). Parti d'Alger le 11 février aux commandes de son appareil, il y revient le 15 mars après un tour d'Afrique.
Le voyage d'inspection d'une haute autorité ne pouvait laisser indifférentes les autorités locales. Il est vraisemblable que le Potez 540 n°230, F-AOOQ qui vient d'être mis à la disposition de monsieur Georges Le Beau, Gouverneur Général de l'Algérie, l'accompagna au début de son périple puisque ce dernier se trouvait le 14 février à Tamanrasset en compagnie du Général Georges Catroux, commandant le 19° corps d'armée.
Il est vraisemblable qu'en AOF un déplacement d'autorités s'effectua également en accompagnement du Général Denain. Nous ne disposons pas actuellement d'informations sur cet aspect du voyage.

L'énigme de l'Amiot 143 n°45, F-APIQ

L'Amiot Am143 n°45, immatriculé E-266, reçut le 15 janvier 1937 un certificat de navigabilité civile avec l'immatriculation F-APIQ. Il n'est pas sûr qu'il l'ait portée. Il finit sa carrière au GT III/15.
Une hypothèse - émise dans le Fana n°331- serait qu'il ait reçu cette immatriculation pour effectuer la mission finalement dévolue au F-AQDZ, mais qui n'aura lieu qu'en octobre suivant; ce qui paraît surprenant même si l'on considère qu'un accident survenu à l'Am143 l'ait rendu indisponible.
Le fait que la date de cette immatriculation coïncide avec la mission du Général Denain peut néanmoins laisser envisager d'autres significations. Mais aucun élément précis n'existe sur le rôle qu'aurait pu avoir cet appareil dans l'hypothèse d'une affectation à l'escadrille ministérielle.

Déroulement détaillé du vol : la difficulté essentielle du vol à cette époque est la navigation; une part importante du vol se déroulera en effet en pilotage sans visibilité - compas et goniométrie - d'où l'importance de la pratique des stations goniométriques couramment utilisées par les équipages d'Air Afrique.

Jeudi 16 septembre :
Court (0H45) vol d'essai du F-AQDZ par l'équipage d'Air Afrique. A noter qu'à cette date, l'avion n'est pas officiellement immatriculé.

Lundi 20 septembre :
Vol d'essai de 2H30 en région parisienne.

Mardi 21 septembre : Le Bourget - Marignane
Vol de 3H40, majoritairement en PSV. Éclatement de pneumatique à l'atterrissage. Nécessité de changer deux magnétos.

Mercredi 22 septembre : Marignane - Alger
Vol de 6H45 via la Corse et la Sardaigne, en PSV. Ouverture accidentelle d'un robinet d'intercommunication des réservoirs provoquée par le déplacement d'une caissette de rechanges mal arrimée, d'où un siphonnage partiel de l'essence.

Jeudi 23 septembre: Alger
Pas d'activité aérienne.

Vendredi 24 septembre : Alger - El Golea et retour
Vol de 7H55 correspondant probablement aux essais et à la prise en main avant le véritable départ du trajet africain.

Samedi 25 septembre : Alger - El Golea
Etape de 630 km en 4h35

Dimanche 26 septembre : El Golea - Aoulef
Vol en PSV. Etape de 450 km en 3H20.

Lundi 27 septembre : Aoulef - Gao
Amélioration progressive de la visibilité au passage du Tanezrouft. Étape de 1360km en 6H30 de vol.

Mardi 28 septembre : Gao - Zinder
Amélioration du temps et vol sans histoire. Première étape de 420 km avec ravitaillement à Zinder.

Mercredi 29 septembre : Zinder - Fort Lamy (N'Djamena) - Bangui - Stanleyville (Kisangani)
Beau temps. Très longue étape : 640 km de vol en 3h35 jusqu'à Fort Lamy, puis 1000km de Fort Lamy à Bangui (5h00), suivie d'une étape presqu'aussi longue de Bangui à Stanleyville (4h30). Vol à basse altitude, en survolant le Congo sur le parcours, mais avec la nécessité d'éviter les tornades en formation constante.

Jeudi 30 septembre : Stanleyville (Kisangani) - Elisabethville (Lubumbashi)
Brouillard matinal, puis vol tranquille en survolant toujours le fleuve. Vers le sud, la brume sèche limite progressivement la visibilité horizontale; les turbulences sont particulièrement violentes. Une étape de 1300 km en 7h05

Vendredi 1° octobre : Élisabethville (Lubumbashi) - Tete
Météo similaire à celle de la veille, mais développement progressif d'importants systèmes nuageux. Etape à Broken Hill (Kabwe) à 520 km (2H05), puis étape de 740 km jusqu'à Tete en 3h25.

Samedi 2 octobre : Tete - Madagascar
Le ciel est complètement pris par une couverture nuageuse de forte épaisseur. Franchissement au dessus de la couche d'une chaîne montagneuse, puis passage au dessous des cumulo-nimbus pendant 780 km jusqu'à Mozambique où l'avion se pose pour ravitailler au bout de 4h10 de vol. Après décollage, la couche nuageuse continue impose le vol aux instruments pendant les 900 km du trajet jusqu'à l'atterrissage à 13H25 sur le terrain d'Ivato après 5h15 de vol..

Dimanche 3 au mercredi 6 octobre : Tananarive

Jeudi 7 octobre : Tananarive
Vol d'essai de 0h45 avant le voyage de retour.

Vendredi 8 octobre : Tananarive - Broken Hill (Kabwe)
Vol sans problème compte tenu d'une amélioration de la météo, avec escale à Mozambique pour le ravitaillement. Etape de 2518 km en 11H25 min de vol.

Samedi 9 octobre : Broken Hill (Kabwe) - Elisabethville (Lubumbashi) - Stanleyville (Kisangani)
Mauvaise visibilité due à la brume sèche et aux feux de brousse dans le bassin du Zambèze. L'avion rencontre ensuite de nouveau des formations orageuses et des tornades. Escale de ravitaillement à Élisabethville pour cette étape de 1860 km en 9H20 min de vol effectif.

Dimanche 10 octobre : Stanleyville (Kisangani) - Fort Lamy (N'Djamena)
Beau temps. Ravitaillement à Bangui après 4H15 de vol. Au total, étape de 1950 km, en 9H00 de vol.

Lundi 11 octobre : Fort Lamy (N'Djamena) - Gao
Beau temps. Étape de 1825 km : 1400 km en 6h15 pour ravitaillement à Niamey, puis Niamey - Gao (425km) en 2h00.

Mardi 12 octobre : Gao - Aguel'hoc - Aoulef - Laghouat
Beau temps. Une longue journée de 2015 km, en 11h00 de vol.

Mercredi 13 octobre : Laghouat - Alger - Marignane
Une courte étape de 340 km en 1h55 jusqu'à Alger, puis le retour par Bône et survol de la Sardaigne et de la Corse, soit 1400 km en 6H05 de vol.

Jeudi 14 octobre : Marignane - Le Bourget
Arrivée au Bourget, après 3H00 de vol.


Décoration :
L'Amiot Am143 n°88 porte la livrée "brun chocolat" des Amiot. Les cocardes, drapeau de dérive et matricules militaires ont disparu sous une couche de peinture fraîche, nettement visible sur l'aile supérieure. L'immatriculation civile F-AQDZ apparaît sous l'aile - mais est absente sur l'aile, et de chaque côté du fuselage. La dérive porte un F blanc.
L'appareil a évidemment été désarmé, mais les tourelles sont présentes et l'aménagement intérieur n'est pas fondamentalement modifié. Des dégivreurs ont été ajoutés sur les bords 'attaque de l'aile et de la dérive.

Remerciements : La restitution du F-AQDZ n'aurait pas été possible sans le soutien amical et les informations fournies par Franck Roumy
Voir son site sur l'histoire de l'aviation française dans l'Océan Indien : http://perso.orange.fr/roumsetom50/



© Michel Barrière 2007
A la suite du voyage du Général Denain, l'État-major de l'Armée de l'Air décide pour fin 1937 une opération de démonstration et de manœuvres dans les territoires coloniaux, mobilisant une centaine d'appareils.
Ces appareils regroupés à Tunis se répartissent sur plusieurs axes :

Madagascar :          3 Amiot Am 143, commandés par le Lt-Cl de Verdilhac sous la direction du Gl Odic ;
Levant :                  5 Bloch MB 200, pour affectation ;
Indochine :             5 Farman (3 F.222 et 2 F.221), commandés par le Lt-Cl Morraglia et le Cdt Dumas sous la direction du Gl Pastier;
Sud tunisien :         18 Potez Po54, 20 Dewoitine D 500/510, 14 Farman F.221 et F.222 ;
Dakar :                   18 Bloch MB 200, sous la direction du Gl Gambiez;
Conakry :               9 Amiot Am143, commandés par le Cl de Turenne.

L'exploration de la route vers l'Indochine a été menée par l'Amiot 143 n°100, et sera reprise par le Farman. Les manœuvres dans le sud tunisien et l'AOF n'ont guère été pratiquées par des bombardiers lourds, mais se situent dans des zones bien connues des unités locales de l'Armée de l'Air.
En revanche, la route de Madagascar est inhabituelle pour les militaires, mais bien connue des équipages d'Air Afrique. Il semble que l'idée émise en septembre par l'État-major aurait été de faire embarquer un équipage militaire sur les vols réguliers d'Air Afrique. Malheureusement, le taux de remplissage et les délais de réservation rendirent cette option impossible. Aussi, il fut décidé de louer un Amiot Am143 à Air Afrique pour assurer cette mission.
En 48 h, un Amiot Am 143 était donc désarmé, et le 20 septembre 1937, l'Amiot Am143 n°88, immatriculé E 312, recevait son certificat de navigabilité civile avec l'immatriculation F-AQDZ.

Équipage Air Afrique : Lambert, pilote ; Faucher, radio ; Desseigne et Spinelli, mécaniciens. Ils ont comme passagers les Capitaines Paul et Hucliez et le lieutenant Frébillot.
Am 143 n°100
Paris - Indochine - 1937
Lignes aériennes et itinéraire du F-AQDZ
Sources
  
  • Revues Plein Ciel (Gnome- Rhône) n°56 et 58
  • Fana de l'Aviation n°330 à 332
  • Atlas classique - Schrader & Gallouedec, Hachette 1923
  • Ciels impériaux africains, par Vital Ferry, Ed. du Gerfaut, 2005
Profils couleur de l'Am 143 n°88, F-AQDZ
Itinéraire Denain - 1937
Le Gouverneur Général Georges Le Beau et le Général Catroux devant le Po 540 F-AOOQ
Tamanrasset, 14 février 1937
Coll. P. Jarrige
L'Amiot 143 F-AQDZ
d'Air Afrique
Jusqu'en 1930, les militaires et leurs appareils jouèrent un rôle déterminant dans l'exploration et la préparation des lignes aériennes. Les Bréguet, Bre 14 et Bre19, furent en France les principaux instruments de ces raids et voyages.
Dès la fin des années 20, les progrès de l'aviation légère et de l'aviation commerciale, modifient ce panorama. Certes, les hommes de ce qui était sur le point de devenir l'Armée de l'Air restent largement présents parmi les pilotes qui volent en Afrique ou en Asie sur des prototypes du Ministère de l'Air ou des avions légers. Les appareils militaires français y sont relativement peu nombreux.
En 1933, la Croisière Noire marque la création de la nouvelle Armée de l'Air. Mais, laissées pour l'essentiel à la charge financière du Ministère des Colonies, les ailes françaises sont représentées par quelques unités. Elles sont surtout équipées de Potez Po 25 TOE vieillissant doucement, concentrées en Afrique du Nord, au Sénégal, en Indochine et au Levant. leurs activités se concentrent sur des missions de maintien de l'ordre et de servitude : liaisons régionales, transport sanitaire ou de personnalités. Des appareils spécialisés comme les trimoteurs coloniaux MB 120 ou SPCA, et des dérivés de l'aviation légère (Caudron, Potez,...) en sont les instruments privilégiés.

En 1935, les ambitions italiennes sur l'Érythrée et l'Éthiopie font prendre conscience aux autres puissances coloniales de la nécessité de renforcer leur présence dans les colonies. Le développement des multimoteurs BCR fournit des instruments nouveaux et des missions ponctuelles s'organisent : MB 200 n°2 en essai de moteurs à Bamako, Po 540 n°46 en voyage de longue durée en Asie (date indéterminée)... L'idée du développement d'une force aérienne dédiée aux colonies fait son chemin.