Cette introduction aux LANA a été aimablement préparée par Pierre Jarrige, historien et expert de l'histoire aéronautique de l'Algérie et auteur de plusieurs livres sur ce sujet. Pour plus d'informations, voir son site : http://www.aviation-algerie.com/
Cette première page, consacrée à l'histoire des LANA, est suivie d'une seconde page décrivant les avions ayant participé à cette aventure.
Fin 1934, à la demande de la Chambre de commerce d'Alger et après la disparition de la ligne Fez-Oran, inaugurée en grande pompe pendant l'année du Centenaire, Henri Germain envisage une solution locale.
La réputation d'Henri Germain dans les milieux aéronautiques, son expérience personnelle comme pilote et ses qualités d'homme d'affaires entreprenant, ne peuvent être que des atouts favorables pour la réussite de l'entreprise envisagée : la liaison aérienne Casablanca-Alger-Tunis. Il crée les LANA et démarre l'exploitation par étapes successives en mettant en œuvre, pour commencer, deux monomoteurs Farman 190.
Alger-Oran
Le 6 décembre 1934, le Farman 190 F-ALAP inaugure la ligne Alger-Oran, piloté par Georges Descamps. Henri Germain tient à donner un certain retentissement à l'ouverture de la ligne en invitant les journalistes des principaux journaux d'Alger et d’Oran. De nombreuses personnalités assistent au départ et à l’arrivée de l’avion.
La ligne continue alors à fonctionner avec le Farman F-ALEB et le Farman 190 F-ALAP (celui-là même avec lequel Moench réalisa des voyages vers Saigon et Tananarive en 1931). L'ouverture postale de la ligne est effectuée le 16 novembre.
Toujours sans aide officielle, les LANA acquirent le Fokker VIIa F-AJUD), véritable avion de ligne avec deux hommes d'équipage (pilote et radio), huit passagers et une toilette, qui donne une dimension nouvelle à l'entreprise.
Alger-Bône
Le 20 avril 1935, la liaison Alger-Bône, avec escale à Constantine, est inaugurée, par Georges Descamps et le Fokker, toujours avec des représentants de la presse algéroise et constantinoise. Toute la ville de Bône et les personnalités reçoivent le Fokker avec enthousiasme. Robert Volmerange, ancien pilote de guerre, devient directeur d'exploitation des LANA et l'équipe se renforce des pilotes Émile Duterriez et Henri Ferraris et du mécanicien Jean-Marie.
Henri Germain s'active à développer sa ligne car Air Afrique, qui bénéficie des appuis officiels, prospecte, dès le 2 mars 1935, le tronçon Alger-Casablanca avec un trimoteur Marcel-Bloch 120 piloté par Charles Poulin et Jean Dagnaux.
Les LANA s'adaptent avec souplesse à leur clientèle : les voyageurs sont transportés gratuitement du centre-ville vers les aérodromes et les horaires s’harmonisent avec les horaires de l'hydravion d'Air France. Sur le parcours Alger-Oran, des arrêts facultatifs sont prévus à Blida, Affreville, Orléansville, Relizane et Mostaganem. L'ouverture postale de cette ligne a lieu le 14 novembre 1935 sur Alger-Bône et le lendemain sur Bône-Alger.
Entre le 1er décembre 1934 et le 30 octobre 1935, les LANA obtiennent 95 % de régularité, résultat très satisfaisant pour une ligne ayant fait ses débuts en plein hiver. Plus de 200 000 kilomètres ont été parcourus, 1 292 passagers transportés, 395 voyages effectués et 1 122 heures de vol réalisées.
Alger-Tunis
Oran étant relié à Casablanca par Air France depuis le 13 juillet 1935 (par des trimoteurs Bréguet 393), Henri Germain dirige ses efforts vers Tunis. Pour plus de sécurité, compte tenu du relief montagneux survolé et des mauvaises conditions météorologiques fréquemment rencontrées, les Farman sont remplacés par des bimoteurs anglais De Havilland 84 Dragon (F-AMTR et F-AMUZ). Ce matériel, bien que déjà ancien, est adapté à la ligne et est apprécié par ses qualités d'économie, de vitesse et de confort (six passagers).
Le 7 novembre 1935, la première liaison Alger-Tunis est réalisée avec l'autorisation officieuse du ministère des Affaires étrangères, les avions des LANA sortent pour la première fois des frontières. L'autorisation d'ouverture officielle de la ligne étant arrivée, Henri Ferraris effectue le vol inaugural le 2 décembre 1935. Comme d'habitude, pour donner à ce vol un retentissement populaire, Henri Germain convie à ce voyage des journalistes et des personnalités. Après les allocutions d'usage, les officiels, dont Marcel Peyrouton, Résident général, et le représentant de SA le Bey effectuent un vol au-dessus de Tunis.
La ligne deviendra trihebdomadaire et l'ouverture au service postal de la ligne aura lieu le 3 février 1936.
Il a souvent été reproché aux LANA d'utiliser du matériel étranger. Malheureusement, peu d'avions français répondent, à cette époque, aux besoins de la ligne et peuvent être mis en œuvre dans des conditions rentables par une compagnie disposant de peu de subventions. Les LANA essayent quelque temps un Latécoère 28 (F-AJPC) qui ne donne pas satisfaction et un troisième Dragon (F-ANES) est mis en service après avoir été baptisé le 28 janvier 1936.
Une fin prématurée
La fin de l'année 1936 voit la situation s'assombrir pour les LANA. Air Afrique, qui a terminé la mise en place de son réseau vers Brazzaville, se tourne vers la transversale Oran-Tunis.
Bien que les LANA aient fait la preuve de leur efficacité, la subvention du gouvernement général ne leur est pas versée pour le deuxième semestre 1936 et n'est pas reconduite pour 1937. La lutte contre une Régie d'État est impossible et l'article 86 de la Loi des finances du 31 décembre 1936 accorde à Air Afrique la concession de la transversale nord-africaine.
Henri Germain est contraint de se retirer de la compétition et de faire passer le communiqué suivant : « Les Lignes aériennes nord-africaines s'excusent auprès de leur fidèle clientèle d'être dans l'obligation de suspendre provisoirement les services réguliers entre Oran, Alger, Constantine, Bône et Tunis et remercient les nombreux usagers de la confiance qu'ils ont bien voulu leur accorder au cours de ces deux années d'exploitation ». Il s'active alors pour que le personnel, le matériel et les installations des LANA soient repris par Air Afrique qui ne rouvrira la ligne que le 15 avril 1937. Air Afrique éliminera de la même manière la Régie Malgache de René Lefèvre et Jean Assolant.
En plus de deux années, les LANA ont obtenu, avec une régularité remarquable et une sécurité de 100 %, les résultats suivants : 551 540 km parcourus, 2 110 passagers transportés, 353 kilos de poste, 1 213 kilos de fret.