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- Les avions du Négus -

 L'Ethiopia 1

                Arrivé, probablement dans le courant de l'année 1932, pour réparer le Junkers W.33c, l'ingénieur-pilote allemand Ludwig Weber proposa à l'Empereur la création d'une industrie aéronautique nationale. Le résultat en fut l'appareil d'entrainement biplace Ethiopia 1, dérivé du triplace Meindl Van Nes A VII. Le prototype de l'Ethiopia 1 effectua ses premiers vols pendant la guerre avec l'Italie.


Le projet de Ludwig Weber


                En février 1932, l'aviation éthiopienne perd par accident le Farman 192, offert par la France à l'occasion du couronnement de l'Empereur pour son usage personnel. Pour le remplacer, le gouvernement éthiopien décide de faire réparer le Junkers W.33c, accidenté en décembre 1929, et qui avait lui-même été remplacé par un Farman F.192.

                La raison pour laquelle Junkers revient en cour est inconnue. Depuis son accident de décembre 1929, l'épave est stockée dans les hangars de Jan Meda. Il est très possible que David Hall, conseiller du Négus et métis d'origine allemande, ait joué un rôle pour promouvoir cette solution. Mais, il est vraisemblable que l'appareil avait en 1929 séduit l'empereur. Quoi qu'il en soit, pour mener à bien cette réparation, Junkers envoie une mission technique dirigée par un ancien pilote de la Première Guerre, l'ingénieur-pilote Ludwig Weber.

                Weber mène cette réparation à la pleine satisfaction de l'Empereur, mais il n'est pas seulement un bon ingénieur : il est également un entrepreneur qui, après la guerre, a créé une fabrique d'automobiles et de motocycles sous la marque LuWe. Et, trahissant Junkers qui souhaite développer ses ventes auprès du gouvernement éthiopien, Weber se découvre en Ethiopie des objectifs propres et propose à l'Empereur la création d'une industrie aéronautique nationale.

                L'Empereur est particulièrement sensible à cette proposition. Il sait que l'Italie ne dépend pas de l'étranger pour son approvisionnement de matériels militaires alors que le respect des accords internationaux que l'Ethiopie a signés avec les trois grandes puissances coloniales - France, Grande Bretagne et Italie - lui interdisent d'acquérir des avions de combat.


                Compte tenu des ressources financières et humaines dont peut disposer l'Ethiopie, le travail de Ludwig Weber se concentre finalement sur l'adaptation à l'environnement éthiopien d'un appareil léger en cours de conception en Autriche, le Meindl Van Nes A.VII (M7). Il s'agit d'un appareil monoplan triplace, équipé  d'un moteur de faible puissance (95 cv), destiné au tourisme aérien ou au petit transport commercial, et pouvant être utilisé pour l'entrainement.

                Le Van Nes AVII est développé et construit par l'ingénieur Wilhelm Van Nes en collaboration avec Erich Meindl dans les ateliers de ce dernier à Linz. Son calendrier de développement donne quelques indications sur celui de Weber. La conception du Van Nes AVII est menée en 1932 ; sa construction, simple, est menée la même année, d'abord le fuselage, puis la voilure, enfin l'empennage. Les difficultés financières en retardent la finition, l'acquisition d'un moteur étant finalement obtenue auprès de Junkers à Dessau en 1933. Le premier vol de l'appareil a lieu à Linz le 8 août 1933, l'avion recevant son certificat de navigabilité le 26 août.

                C'est probablement fin 1933 ou début 1934 que Weber arrête son choix sur cet appareil; de son côté, Van Nes accepte de modifier son appareil pour définir une version répondant aux besoins éthiopiens et aux spécificités du pays.

                La conception du projet est achevée en décembre 1934.

  

            L'Ethiopia 1


                L'Ethiopia 1 qui résulte de ces travaux comporte donc des modifications sensibles par rapport à la version AVII d'origine.

                La banquette passager avant est remplacé par le siège élève. La longueur de l'avion est légèrement réduite de 7,45m à 7,32m, principalement par un raccourcissement du bâti moteur, tandis que les habitacles élève et pilote sont légèrement avancés pour corriger le centrage. Le remplacement de la banquette biplace par le siège élève permet de réduire la largeur du fuselage, ce qui se traduit par une légère réduction de l'envergure qui est ramenée de 10,50m à 10,30m. Des volets sont ajoutés pour améliorer les performances à basse vitesse, l'ensemble volets et gouvernes occupant toute la longueur du bord de fuite de l'aile.

                L'appareil est équipé d'un moteur plus puissant que le AVII : un Walter NZ80 "Venus I" à 7 cylindres développant 115 cv. Il est doté d'une hélice d'origine allemande (Schwartz) en bois.

                

L'Ethiopia 1 en construction en 1935 dans le hangar de Jan Meda. [DR]

L'Ethiopia 1 en 1936. Il porte les couleurs éthiopiennes sur les ailes et son nom de baptême "Tsehai" sur le fuselage. Aucune photo ne nous permet de préciser la disposition des couleurs éthiopiennes probablement présentes sur le gouvernail.

[© Michel Barrière]


                Dans cette configuration, l'Ethiopia 1 est donné comme capable de monter de 2.500 à 3.500 metres en seulement 7 minutes et de se contenter d'un terrain court - une centaine de mètres - pour se poser à une vitesse avec volets de 50 km/h.

                La vitesse de croisière est de 150 km/h, et sa vitesse maximale de 195 km/h. Son plafond est de 6000m.

  

L'Ethiopia 1 sur le terrain de Jan Meda, et lors de son premier vol qui aurait eu lieu en décembre 1935. [DR]

                La construction de l'Ethiopia 1 se déroule en 1935 à Jan Meda. La fabrication en tubes soudés de la structure est réalisée par les mécaniciens de chez Junkers, tandis que els ailes sont réalisées sous la supervision d'un menuisier allemand habitué à la construction de planeurs. L'apapreil entoilé est peint en argent, et baptisé "Tsehai" (soleil) du nom de la princesse.


                Le premier vol aurait eu lieu en décembre 1935 (certaines sources indiquent février 1936) et se serait avéré très satisfaisant. A l'arrivée des italiens, l'appareil qui n'avait alors qu'une trentaine d'heures de vol fut dissimulé - comme le DH 60 - dans la forêt d'eucalyptus voisine de Jan Meda. Il aurait été testé par les italiens.


                En 1941, l'appareil est acquis par le musée aéronautique de Caserta. Il est ensuite transféré au Musée de l'Aviation à Vigna di Valle. Exposé pendant plusieurs années, restauré et peint en rouge, il serait actuellement dans les réserves, mais n'apparaissait plus dans la liste des collections en 2014. Sa restitution, suite en principe logique du Traité de paix signé par l'Italie en 1947, est toujours un point ouvert entre les gouvernements italien et éthiopien.


Sources : principalement Air-Britain Digest (1974) et Air-Britain Archive (1986)

L'Ethiopia 1 exposé à Vigna di Valle en 1992. ( © Brian Bickers)

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