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L'Amiot F-AQDZ d'Air Afrique


A la suite du voyage du Général Denain, l'État-major de l'Armée de l'Air décide pour fin 1937 une opération de démonstration et de manœuvres dans les territoires coloniaux, mobilisant une centaine d'appareils.

Ces appareils regroupés à Tunis se répartiront sur plusieurs axes :


Madagascar :          3 Amiot Am 143, Lieutenant-Colonel de Verdilhac sous la direction du Général Odic ;

Levant :                  5 Bloch MB 200, pour affectation ;

Indochine :             5 Farman (3 F.222 et 2 F.221), Lieutenant-Colonel Morraglia et le Commandantt Dumas sous la direction du Général Pastier;

Sud tunisien :         18 Potez Po54, 20 Dewoitine D 500/510, 14 Farman F.221 et F.222 ;

Dakar :                   18 Bloch MB 200, Général Gambiez;

Conakry :               9 Amiot Am143, Colonel de Turenne.


La route vers l'Indochine, explorée par l'Amiot 143 n°100, sera reprise par les Farman.

Les manœuvres dans le sud tunisien et l'AOF n'ont guère été pratiquées par des bombardiers lourds, mais se situent dans des zones bien connues des unités locales de l'Armée de l'Air.

En revanche, la route de Madagascar est inhabituelle pour les militaires. Elle est par contre bien connue des équipages d'Air Afrique. En septembre, l'État-major envisage de faire embarquer un équipage militaire sur les vols réguliers d'Air Afrique, mais le taux de remplissage et les délais de réservation rendent cette option impossible. Il est alors décidé de louer un Amiot Am 143 à Air Afrique pour assurer cette mission.

En 48 h, un Amiot Am 143 est donc désarmé à cette fin, et le 20 septembre 1937, l'Amiot Am143 n°88, immatriculé E 312, reçoit son certificat de navigabilité civile avec l'immatriculation F-AQDZ.


L'équipage d'Air Afrique est composé de Lambert (pilote), Faucher (radio), Desseigne et Spinelli (mécaniciens). Ils ont comme passagers les Capitaines Paul et Hucliez et le lieutenant Frébillot.


Décoration : Pour cette mission ponctuelle, la livrée militaire de l'appareil est peu modifiée, mais des équipements spéciaux ont été installés. L'Amiot Am143 n°88 porte donc la traditionnelle livrée "brun chocolat". Les cocardes, drapeau de dérive et matricules militaires ont disparu sous une couche de peinture, nettement visible sur l'aile supérieure. L'immatriculation civile F-AQDZ apparaît à l'intrados, mais est absente à l'extrados. Elle est également présente de chaque côté du fuselage. La dérive porte un F blanc.

L'appareil a été désarmé, mais les tourelles sont présentes et l'aménagement intérieur n'est pas fondamentalement modifié. Par contre, des dégivreurs, probablement expérimentaux, ont été ajoutés sur les bords d'attaque de l'aile et de la dérive.

Jusqu'en 1930, les militaires et leurs appareils jouèrent un rôle déterminant dans l'exploration et la préparation des lignes aériennes. Les Bréguet, Bre 14 et Bre19, furent en France les principaux instruments de ces raids et voyages.

Dès la fin des années 20, les progrès de l'aviation légère et de l'aviation commerciale, modifient ce panorama. Certes, les hommes de ce qui était sur le point de devenir l'Armée de l'Air restent largement présents parmi les pilotes qui volent en Afrique ou en Asie sur des prototypes du Ministère de l'Air ou des avions légers. Les appareils militaires français y sont relativement peu nombreux.

En 1933, la Croisière Noire marque la création de la nouvelle Armée de l'Air. Mais, laissées pour l'essentiel à la charge financière du Ministère des Colonies, les ailes françaises sont représentées par quelques unités. Elles sont surtout équipées de Potez Po 25 TOE vieillissant doucement, concentrées en Afrique du Nord, au Sénégal, en Indochine et au Levant. Leurs activités se concentrent sur des missions de maintien de l'ordre et de servitude : liaisons régionales, transport sanitaire ou de personnalités. Des appareils spécialisés comme les trimoteurs coloniaux MB 120 ou SPCA, et des dérivés de l'aviation légère (Caudron, Potez,...) en sont les instruments privilégiés.


En 1935, les ambitions italiennes sur l'Érythrée et l'Éthiopie font prendre conscience aux autres puissances coloniales de la nécessité de renforcer leur présence dans les colonies. Le développement des multimoteurs BCR fournit des instruments nouveaux et des missions ponctuelles s'organisent : MB 200 n°2 en essai de moteurs à Bamako, Po 540 n°46 en voyage de longue durée en Asie ... L'idée du développement d'une force aérienne dédiée aux colonies fait son chemin.

Complément 1 : Le voyage en Asie de l'Am 143 n°100


Le 20 octobre 1936, l'Amiot Am 143 n°100, immatriculé E327, décolle de Villacoublay. Il y reviendra le 15 décembre après avoir mené à bien une mission de reconnaissance pour un raid vers l'Indochine. Il était équipé de moteurs Gnome-Rhône GR 14 KNo et d'hélices à pas variable Ratier destinés à l'hydravion Am 150. D'une façon générale, il reprend des trajets exploités régulièrement par des compagnies aériennes, qu'il s'agisse des Impérial Airways, de la KLM ou d'Air Orient dont il utilise les étapes habituelles.


Équipage :               Cdt du Castet, Cne Archambault, Cne Boulmer, Sgt radio Prudon, Adjt-chef mécanicien Maillard

Dates :                    20 octobre - 15 décembre 1936

Trajet :                    Villacoublay, Saigon, Hanoï et retour



Complément 2 : l'énigme de l'Amiot 143 n°45, F-APIQ


L'Amiot Am143 n°45, immatriculé E-266, reçut le 15 janvier 1937 un certificat de navigabilité civile avec l'immatriculation civile F-APIQ. Il n'est pas sûr qu'il l'ait portée. Il finit sa carrière au GT III/15.

Une hypothèse proposée pour cette immatriculation civile est qu'il ait été désigné pour effectuer la mission finalement dévolue au F-AQDZ après qu'un accident l'ait rendu indisponible. Cette immatriculation parait cependant précoce, sa date précédant le voyage du Général Denain qui aurait été le fait initiateur de cette mission qui n'a eu lieu qu'en octobre suivant. Dans l'attente d'autres informations, ce point ne nous paraît pas clos.


Le jeudi 30 septembre, le décollage s'effectue à travers le brouillard matinal, puis l'Amiot relie Stanleyville à Elisabethville, soit une étape de 1300 km en 7H05 en survolant tranquillement le fleuve. Vers le sud, la brume sèche limite progressivement la visibilité horizontale; les turbulences sont particulièrement violentes. Le vendredi 1° octobre, entre Élisabethville et Tete, la météo est similaire à celle de la veille, mais avec développement progressif d'importants systèmes nuageux. L'équipage fait d'abord étape à Broken Hill à 520 km (2H05) avant de rejoindre Tete par un vol de 740 km en 3h25.


Enfin, le samedi 2 octobre, l'Amiot relie Tete à Madagascar, terminant ainsi son parcours aller. Le ciel est complètement pris par une couverture nuageuse de forte épaisseur. L'Amiot franchit au-dessus de la couche une chaîne montagneuse, puis passe au-dessous des cumulo-nimbus pendant 780 km jusqu'à Mozambique où il se pose pour ravitailler au bout de 4h10 de vol. Après décollage, la couche nuageuse continue impose le vol aux instruments pendant les 900 km du trajet jusqu'à l'atterrissage à 13H25 sur le terrain d'Ivato après 5h15 de vol..


Du dimanche 3 au mercredi 6 octobre, l'équipage séjourne à Tananarive. Le jeudi, il effectue un vol d'essai de 0h45 pour confirmer l'état de l'avion avant le voyage de retour. Ce dernier est engagé le vendredi 8 octobre en reliant Tananarive à Broken Hill avec escale à Mozambique pour le ravitaillement. Le vol est sans problème, la météo s'étant améliorée sur cette longue étape de 2518 km en 11H25 min de vol.


Le samedi 9 octobre, l'Amiot effectue une escale de ravitaillement à Elisabethville  avant d'atteindre Stanleyville. La visibilité est mauvaise du fait de la brume sèche et des feux de brousse dans le bassin du Zambèze. L'avion rencontre ensuite de nouveau des formations orageuses et des tornades. L' étape est de 1860 km en 9H20 min de vol effectif.


Le dimanche, l'Amiot rejoint Fort Lamy par beau temps. Un ravitaillement est réalisé à Bangui après 4H15 de vol. Au total, l'étape est de 1950 km, en 9H00 de vol. Le lendemain, le beau temps domine encore pour l'étape Fort Lamy - Gao, soit 1825 km : 1400 km en 6h15 pour ravitaillement à Niamey, puis Niamey - Gao (425km) en 2h00.


Le mardi 12 octobre, toujours le beau temps pour une longue journée de 2015 km, en 11h00 de vol de Gao à Laghouat par Aguel'hoc et Aoulef. Elle est compensée le lendemain par une courte étape de 340 km en 1h55 jusqu'à Alger, puis le retour à Marseille s'effectue par Bône avant survol de la Sardaigne et de la Corse, soit 1400 km en 6H05 de vol.


Le Jeudi 14 octobre, l'Amiot 143 F-AQDZ décolle de Marignane pour Le Bourget où il se pose après 3H00 de vol.

Déroulement de la mission

 

            Dans le contexte de l'époque, la difficulté essentielle du vol est la navigation. Sur une grande partie du trajet, le pilotage sans visibilité - compas et goniométrie - est de règle, d'où l'importance de la pratique des stations goniométriques couramment utilisées par les équipages d'Air Afrique. Si les équipages civils y sont bien entrainés grâce notamment aux formations spéciales mises depuis longtemps en place à Toussus-le-Noble, ce n'est pas encore le cas général des équipages militaires. En contrepartie, les équipages d'Air Afrique ne connaissent pas l'Amiot 143.


Le jeudi 16 septembre, l'équipage d'Air Afrique effectue un court vol d'essai (0H45) du F-AQDZ (A cette date, l'avion n'est pas officiellement immatriculé), et le lundi 20 septembre il fait un essai plus long, 2H30 de vol en région parisienne.


Le mardi 21 septembre, le F-AQDZ relie Le Bourget à Marignane par un vol de 3H40, majoritairement en PSV. Après un éclatement de pneumatique à l'atterrissage, l'équipage constate la nécessité de changer deux magnétos.


Le mercredi 22 septembre, l'avion décolle de Marignane pour Alger; s'ensuit un vol de 6H45 en PSV via la Corse et la Sardaigne. Pendant le trajet, l'ouverture accidentelle d'un robinet d'intercommunication des réservoirs provoquée par le déplacement d'une caissette de rechanges mal arrimée provoque un siphonnage partiel de l'essence. Le jeudi, l'escale à Alger permet la maintenance et, dès le lendemain, l'équipage effectue un aller-retour Alger - El Golea, soit un vol de 7H55  permettant les essais et la prise en main de l'Amiot avant le véritable début du parcours africain.


Le samedi 25 septembre, l'équipage entreprend véritablement sa mission en effectuant le trajet Alger - El Golea, soit une étape de 630 km en 4h35. Elle est suivie le dimanche 26 septembre par l'étape de 450 km El Golea - Aoulef en 3H20 de PSV.


Le lundi 27 septembre, l'étape Aoulef - Gao de 1360km réalisée en 6H30 de vol permet à l'équipage d'apprécier l'amélioration progressive de la visibilité au passage du Tanezrouft. Le lendemain, entre Gao et Zinder, le temps s'améliore encore et le vol de 420 km est sans histoire.


Le mercredi 29 septembre, le beau temps est installé pour la très longue étape reliant Zinder à Fort Lamy, Bangui puis Stanleyville, soit 640 km de vol en 3h35 jusqu'à Fort Lamy, puis 1000km de Fort Lamy à Bangui (5h00) avant une étape presqu'aussi longue de Bangui à Stanleyville (4h30). Le vol s'effectue à basse altitude en suivant le cours du Congo avec la nécessité d'éviter les tornades en formation constante.


  

La tournée africaine du Général Denain


            Début 1937, le Général d'Armée Aérienne Victor Denain, inspecteur des forces françaises d'outre-mer, entreprend une tournée africaine. La mission utilise un Bloch MB 120 que le général pilote lui-même. Parti d'Alger le 11 février aux commandes de son appareil, il y revient le 15 mars après un tour d'Afrique.


            Il est probable que le Potez 540 n°230, F-AOOQ récemment mis à la disposition de monsieur Georges Le Beau, Gouverneur Général de l'Algérie, l'accompagna au début de son périple si l'on en croit une photographie du Général Denain prise le 14 février à Tamanrasset en compagnie du Général Georges Catroux, commandant le 19° corps d'armée.

            Par contre, en Afrique Occidentale Française, le MB 120 de la mission est accompagné par un autre MB 120 piloté par le Lieutenant-Colonel commandant de l'Air en Afrique Occidentale Française (numéros de ces appareils inconnus).


  

Lignes aériennes et itinéraire du F-AQDZ

Sources

  

Le Gouverneur Général Georges Le Beau et le Général Catroux devant le Po 540 F-AOOQ

Tamanrasset, 14 février 1937

Coll. P. Jarrige

L'Amiot 143 "F-AQDZ" d'Air Afrique