"Souvenirs" sur le F-APFD
Publicité dans Ouest Eclair
16 avril 1936
(2) Les Etats-Unis n'avaient pas adhéré à la Convention Internationale de 1919, ni signé aucune convention ad hoc avec la France. Cette loi posait néanmoins un problème : du fait de l'absence des décrets d'application, aucune peine n'était prévue en cas d'infraction !!
(1) Montant évoqué par Drouillet dans la presse et pouvant, compte tenu du contexte, être surévalué.
Villacoublay, 9 mai 1936
Extrait d'un film d'actualités
Les difficultés - et la célébrité - de René Drouillet commencent. Le 1° avril, l'avion est mis sous scellés et le 4, une information est ouverte contre Drouillet, entendu un peu plus tard par le juge d'instruction. Drouillet s'agite, choisit comme avocat un ténor du barreau, Maître Jean-Charles Legrand, prend l'opinion publique à témoin; la presse s'empare du dossier, accusant selon ses opinions les pressions exercées par l'Italie, qui voudrait empêcher la livraison de l'appareil à l'Éthiopie, les États-Unis soucieux de voir respecter l'embargo, ou Madame Drouillet qui aurait provoqué la mise sous scellés pour récupérer des pensions alimentaires impayées...
Argumentant des risques courus par l'appareil, qui n'est pas en position de stockage et devrait être vérifié, Drouillet obtient alors une levée temporaire des scellés pour vérifier l'appareil. Le 26 avril, en début d'après-midi, Drouillet et son mécanicien Loubon s'affairent autour de l'appareil en présence des autorités responsables : plein d'huile, vérification des réservoirs et des commandes. Puis Drouillet met le moteur en route et, sous prétexte d'essayer les freins, ordonne "Enlevez les cales", ce que Loubon fait aussitôt. Devant les autorités médusées, le Beechcraft s'ébranle, décolle et disparait vers le sud. Loubon est aussitôt inculpé de complicité; il sera
Le 28 avril, l'ambassade de France à Rome est officiellement prévenue que René Drouillet, après une avarie de moteur survenue en survolant la Sardaigne, avait été obligé de se poser à Rome-Centocelli. Ne disposant pas des autorisations nécessaires au survol du territoire italien, l'avion était immobilisé et Drouillet laissé en liberté surveillée. Certains journalistes ne manquèrent pas de noter que si cet incident était arrivé le 26, le délai d'information ne s'expliquait guère et que ce délai donnait de la consistance à l'hypothèse d'une mission secrète confiée à Drouillet par les services Italiens.
Son avocat, Me Jean-Charles Legrand, le rejoint à Rome et est reçu par Mussolini le 5 mai. Celui-ci autorise immédiatement Drouillet à rentrer en France. Le départ, d'abord prévu le 7, sera reporté au 8, puis au 9 mai. Ce jour-là enfin, après quelques hésitations, il repart de Rome à 09h25 aux commandes du Beechcraft avec son avocat et Mme Legrand, se posant à 13h05 à Toulouse; le ravitaillement effectué, il en repart à 14h45, atterrissant à Villacoublay à 17h45. Des amis l'attendent : Robert Morane, Maryse Hilsz, Lebeau,... ainsi que la presse, mais également la police. L'avion est immédiatement remis sous scellés et Drouillet conduit au parquet de Versailles pour y être inculpé d'infraction à la loi sur la navigation aérienne et de détournement d'objet saisi. Il est laissé en liberté provisoire.
Le procès prévu le 25 juillet est repoussé, au prétexte que Me Legrand est parti à la Martinique, pour finalement se dérouler le 27 août. Le 3 septembre, Drouillet sera finalement très modérément condamné à deux amendes de 100 et 200 francs avec confusion de peine. Son avion lui est rendu et le 16 septembre, il s'envole pour Toulouse accompagné de Loubon et d'un passager. Jean Massé mentionne un voyage en Espagne jusqu'au 21. Le 22, il part pour Marseille et revient le 24 à Toulouse.
Apparemment, le Beechcraft porte toujours à cette époque son immatriculation américaine. Il sera enregistré comme F-APFD au nom de la Société des Mines de Peñarroya, mais le numéro de son CdN (n°4906) semble dater cette opération du 1° novembre 1936 environ. Il s'agit semble t'il plus d'un prête-nom destiné à faciliter les voyages que d'un changement de propriété de l'avion. Drouillet fait à cette époque plusieurs voyages sur l'Espagne, se disant "chargé par le gouvernement français" de ramener en France les ressortissants français se trouvant à Madrid. Il évacue en fait des civils "avec leur valise qui contenait pas mal d'argent". Après qu'un contrôle de la milice ait conduit à l'arrestation de son passager - qui sera fusillé le lendemain, la surveillance des avions et aérodromes est accrue. Drouillet, qui ne veut rester sur cet échec, revient le lendemain et n'échappe à une exécution sommaire que grâce à l'intervention d'André Malraux. Il arrête alors ses voyages en Espagne et le F-APFD est réenregistré à son nom.
Drouillet est encore en possession de l'appareil début 1937. C'est dans cette période qu'il l'aurait décoré avec des graphismes rappelant ses dernières aventures. En avril, l'appareil est vu à Pau. En mai, Drouillet l'utilise pour un vol qui l'amène de Toulouse au Bourget, puis à Londres-Croydon, enfin à Berlin à l'occasion du couronnement du roi d'Angleterre Georges VI. Il s'agissait de livrer les films couleur du couronnement pour développement. Quelques jours plus tard, il effectue une mission de liaison Paris - Tunis - Alger - Paris. A la suite d'un survol de la cité du Vatican - zone interdite -, un appareil militaire les oblige à atterrir à Bologne avant de continuer vers Tunis el Aouina. Après une escale d'une semaine, il revient en France par Alger.
C'est un peu avant sa tournée au Canada de l'été 1937 que Drouillet se décide à vendre l'appareil. D'abord cédé à Fernand Lefèvre (La Celle Saint Cloud), il est, en juillet 1937, racheté par Auguste Amnestoy, créateur d'Air Pyrénées qui assure les liaisons entre la France et Bilbao. Le 24 août 1937, le Président basque José Antonio de Aguirre et 2 de ses ministres fuient Santander vers Biarritz grâce au Beechcraft F-APFD piloté par Georges Lebeau. Le 8 septembre, le même appareil participera aux recherches de l'Airspeed Envoy d'Abel Guidez abattu par la chasse nationaliste.
Le F-APFD sera capturé par les Allemands à Briscous en novembre 1942, pour être stocké au Luftwaffe Beutepark n°5 à Nanterre. A la libération, il est ferraillé comme pratiquement tous les avions de ce parc.
Le Négus lui ayant demandé d'acquérir chez Beechcraft des appareils, en l'occurrence 5 "avions de combat bimoteur", René Drouillet s'embarque pour les États-Unis le 5 janvier 1936. La notion "avion de combat bimoteur" ne pouvant guère s'appliquer chez Beechcraft qu'au Beech 18 (qui fera son premier vol au début 1937), cet objectif soulève quelques interrogations quant aux propositions avancées par Drouillet. Quoi qu'il en soit, ce dernier acquiert le 10 février 1936 pour 200.000F (1), le Beechcraft B17R, serial NC15811, c/n 66.
Le gouvernement américain s'étant engagé à respecter l'embargo sur les ventes de matériels sensibles à l'Éthiopie, Drouillet est amené, pour valider la vente de l'appareil, à signer un engagement de non-exportation à l'Éthiopie. Le Beechcraft est embarqué pour Le Havre, tandis que Drouillet rentre en France et engage dès son arrivée le mécanicien Loubon. Le 22 février, au Havre, le Beechcraft est débarqué du Champlain et remis en état de vol. Le 26 février à 11h15, Drouillet décolle et va se poser à 12h35 à Villacoublay où il se voit immédiatement dresser une contravention par le commissaire de l'aéroport pour infraction à la loi du 31 mai 1924 : "Les aéronefs de nationalité étrangère ne peuvent circuler au-dessus du territoire français que si ce droit leur est accordé par une convention diplomatique ou s'ils reçoivent à cet effet une autorisation qui devra être spéciale et temporaire" (2). Or, Drouillet ne dispose pas pour ce vol du laissez-passer nécessaire délivré par le Ministère de l'Air bien qu'il en ait fait la demande (propriétaire auparavant d'un appareil immatriculé en Suisse, il connaissait cette contrainte) et l'ait obtenu par la suite.
"L'avion du Négus"
B17R NC15811, Villacoublay, Avril 1936
B17R NC15811, F-APFD, 1937
Essais de restitution (données partielles)
Des avions pour l'Ethiopie
Beechcraft B17R, NC15811