[creation site internet] [creation site web] [logiciel creation site] [index]
[crezan]
[crezan]
[crezan]
[crezan]
[crezan]
[crezan]
[Sibour]
[Sibour]
[Sibour]
[Sibour]
[Sibour]
[Sibour]
[Sibour]

De Nairobi à Douala

1930, le périple africain

Ethiopie, Kenya, AOF

De Paris à Addis-Ababa

Autorisation d'accès

à Addis-Ababa

Coll. K. de Sibour

No8 Squadron, Aden, avec date 1-3-30

Dessin du F-ALER

Coll. de Sibour

D'avril à juillet 1930 : la traversée de l'Afrique en camion



            Quittant Djibouti par la mer, Violette et Jacques descendent le long de la côte jusqu'à Mombasa. Ils prennent ensuite le train jusqu'à Nairobi. Signe des temps : le fait qu'ils réutilisent le train pour la première fois depuis trois ans est signalé par la presse. La mode est d'autant plus aux colonies qu'à Paris l'Exposition Coloniale organisée par Lyautey bat son plein.


Ne voulant pas abandonner leur projet, Violette et Jacques décident d'acquérir un "camion" de 2 tonnes pour revenir par la voie terrestre. Ils passent le mois d'avril à organiser cette expédition. Ils seront accompagnés par leur guide Wattie, un écossais qui s'occupe de leur ferme au Kenya et trois boys.


            Ils quittent Nairobi vers l'ouest courant mai 1930. Traversant l'Ouganda, ils pénètrent au sud du Soudan, passant le Nil à Juba. Ils arrivent ensuite au Congo Belge à Aba. Ils visitent Bambile où les a invités le baron Johnny de Steenhault. Poursuivant leur périple, ils entrent ensuite en Afrique Équatoriale Française à Bangassou et remontent sur Bangui, où sont parvenues des instructions de Laurent-Eynac demandant de leur faciliter les choses, Jacques s'étant fait mandaté pour évaluer les terrains d'aviation possibles, toujours dans la perspective d'ouverture d'une ligne aérienne vers Madagascar. Dès leur arrivée à Bangui, ils sont donc accueillis et invités par le Gouverneur.


            Quittant Bangui, ils partent donc vers le nord et Fort-Lamy pour évaluer des terrains d'atterrissage possibles au Tchad malgré les avertissements qui leur sont donnés sur le fait que la saison des pluies est sur le point de commencer. Effectivement, les tornades tropicales se déclenchent durant leur trajet et les forcent à s'arrêter à Fort-Archambault où ils sont hébergés par le Chef de district pour un séjour qui promet de durer quelque peu.


            Le 20 juin, Bruneau de Laborie, âgé de 60 ans, explorateur, chasseur et homme d'épée connu est blessé par un lion à Doba, à 150 km de Fort Archambault. Un soir, leur hôte leur apprend cet accident, indiquant que, sans moyens lui-même, il a demandé une ambulance à Bangui, situé à plus de 500 km de Fort-Archambault. On est le 27 juin. Jacques et Wattie décident de partir immédiatement pour Doba avec leur véhicule. Deux jours après, un coureur apporte un message à Fort-Archambault indiquant que la gangrène s'étant déclarée, ils ramènent d'urgence le blessé. L'ambulance n'étant toujours pas là à leur arrivée, ils décident de repartir tous vers Bangui dans la nuit. Ils rencontrent l'ambulance le lendemain vers midi et y transfèrent Bruneau de Laborie. A sa demande, Jacques prend le volant et accompagnés par le camion conduit par Wattie, foncent sur Bangui où ils parviennent après 32h de route. Malgré leurs efforts, Bruneau de Laborie décèdera le 1° juillet à l'hôpital de Bangui.


            Entretemps, Violette et Jacques ont repris leur route pour parcourir les 1200 km restant vers la côte. Après 3 jours de conduite, ils parviennent à Yaoundé et retrouvent la civilisation. Ils rejoindront ensuite la côte et Douala par le train et reprendront le bateau pour la France où ils rentreront fin juillet 1930.

Mars 1930 : dans l'Ethiopie en guerre civile


            Le samedi 1° mars, Jacques vole de Djibouti à Aden ( # 300 km). Une courte étape, et un accueil là encore chaleureux : "Safari III" est le premier avion civil à atterrir à Aden. La demande d'autorisation, transmise par le gouvernement français, à se poser avec appareil photographique et fusil a reçu une réponse favorable grâce à l'officier commandant la base - le Sq Ldr J.L.Vachell - dont Jacques et Violette avaient fait connaissance au Caire en 1928. En ce début de 1930, la base n'est occupée que depuis peu par une unité permanente du No8 Squadron de la RAF en cours de rééquipement en Fairey IIIF. Le Colonel Reilly, gouverneur d'Aden, les accueille à sa résidence.


            La suite du voyage est indécise. Jacques a fait des demandes fin 1929 pour deux visites; l'une auprès de l'Imam du Yémen en vue de la visite de Sanaa, l'autre auprès du gouvernement éthiopien. Aucune d'entre elles n'a reçu la réponse attendue.

            

            L'imam du Yémen a répondu favorablement à leur demande de visite, tout en refusant poliment toute idée de vol au dessus du Yémen. Jacques propose alors de voler jusqu'à Hodeïda et de poursuivre par chameau vers Sanaa, mais reçoit la même réponse. Visiter Sanaa supposait de prendre le bateau bimensuel sur la Mer Rouge, puis de traverser en 4 jours le désert jusqu'à Sanaa, voyage risqué auquel Jacques et Violette ne donnent pas suite.

            

            Le gouvernement éthiopien, sollicité tant par la voie française que par la voie britannique, n'avait pas répondu. Finalement, l'Ambassade de France confirme l'autorisation obtenue grâce au directeur de l'aviation éthiopienne, André Maillet, mais de curieuses réserves sont exprimées. Le 4 mars 1930, en efet, André Maillet, directeur de l'aviation éthiopienne, adresse un courrier à Jacques lui confirmant l'autorisation de voler jusqu'à Addis-Ababa. Mais, dès son arrivée à Djibouti, Jacques doit télégraphier son intention de vendre le Moth au gouvernement éthiopien et voyager ensuite "sous couleurs éthiopiennes" avec le drapeau éthiopien bien visible sur l'avion. "Il va sans dire...," précise Maillet, "... que, si vous le désirez, votre avion ne conviendra pas au service du Gouvernement éthiopien et que vous pourrez retourner par le même chemin." Maillet leur propose également de le prévenir à leur passage à Dire-Dawa de façon à leur faciliter l'arrivée à Addis-Ababa.


            Cette demande, liée tant à la situation interne de l'Éthiopie - rébellion en cours contre le Négus - qu'au goût du Négus pour les avions et à son désir de renforcer son aviation, est incompréhensible a priori pour Jacques et Violette. A cette époque, seuls sont opérationnels les Potez de Maillet et Corriger arrivés l'été précédent, le Junkers W33 acheté à l'Allemagne s'étant crashé en décembre. Compte tenu de la présence rassurante de légations française et britannique en Éthiopie - ce qui n'est pas le cas au Yémen - Jacques et Violette acceptent finalement cette offre malgré ses ambiguités et quittent Aden pour revenir à Djibouti.


            Dès leur arrivée, ils sont accueillis par le Gouverneur Général en attendant leur autorisation. Jacques achète la peinture nécessaire à décorer l'avion aux couleurs éthiopiennes et met Violette à l'œuvre tandis que lui-même va chasser. L'après-midi précédant leur départ, ils reçoivent une inattendue invitation à dîner et passent la soirée avec Henri de Monfreid - en principe recherché par la police - et Joseph Kessel. Invitation guère appréciée officiellement, ce qui assombrit un peu leur départ le lendemain. A la dernière minute, un message de Maillet leur demande d'attendre de nouvelles instructions à Dire-Dawa.


            Jacques et Violette ont d'abord envisagé de se poser à Harrar pour visiter la ville, mais Mailet le leur déconseille formellement du fait de l'absence de terrain praticable (il n'y en aura toujours pas en 1935). Ils se posent alors à Dire-Dawa, le long de la voie ferrée Djibouti - Addis-Ababa, où Maillet leur a demandé d'attendre de nouvelles instructions. En les attendant, ils décident de louer des ânes pour visiter Harrar à une quarantaine de kilomètres. A leur retour, ils trouvent un télégramme de Maillet leur donnant rendez-vous au lac Metahara, à 225 km de là, où les attendront les 2 Potez 25 pour les accompagner pour les 125 km restants vers Addis-Ababa où ils se poseront sur le champ de courses.


            Dés leur arrivée, l'originalité de la situation se confirme. En même temps que les Potez, qui sont sans armement, et en particulier sans lance-bombes, le Gouvernement éthiopien a acquis un lot de bombes qui n'ont pas encore été expérimentées. Le Négus souhaite une démonstration et Maillet demande à Jacques et Violette de l'accompagner pour un essai de largage "à la main".

            Cet essai a lieu sur un terrain voisin d'Addis-Ababa où le Négus et ses conseillers se sont installés pour assister à la démonstration. Lorsque Maillet donne l'ordre, Jacques et Violette lâchent leurs bombes qui se dirigent ... droit sur le groupe des officiels Ethiopiens qui s'égaillent dans toutes les directions. Les bombes explosent parfaitement, heureusement sans blesser le Négus et les officiels qui en sont quittes pour une forte émotion. A leur atterrissage, le Négus vient les accueillir et Jacques, sans se démonter, ... le félicite pour le succès de cette démonstration.


            S'ensuit une réception officielle au Palais. Jacques et Violette sont accompagnés par Maillet et l'Ambassadeur de France, Verchère de Reffye. Les formalités terminées, le Négus les retient un moment en tête à tête et demande à Jacques s'il accepterait de larguer des tracts sur les tribus dissidentes, sachant qu'en cas de problème, il ne sera pas en mesure d'intervenir. Jacques accepte et mène la mission avec succès. La première conséquence en est un intérêt confirmé du Négus pour le petit Moth. Violette et Jacques finissent par accepter sa vente à contrecœur et préparent leur départ par bateau pour le Kenya. L'autorisation leur est donnée d'utiliser le Moth pour revenir à Djibouti où Maillet le prendra en charge; le chèque les rejoindra au Kenya.


            Quelques jours et dîners au palais après, Jacques et Violette décollent le 24 mars et rejoignent Djibouti où le Moth, ailes repliées, et stocké sur la terrasse de l'hôtel. Ils repartent ensuite vers le Kenya où ils parviendront dans les premiers jours d'avril.

  

Leur tour du monde n'était pas encore terminé que Violette et Jacques de Sibour pensaient à repartir. Leur projet : l'Afrique, rejoindre le Kenya où ils possédaient avaient essayé de s'installer en 1925, près de Nairobi, et possédaient une ferme. Ils avaient ensuite, semble t'il, l'intention de revenir par Fort Lamy et le Sahara. Jacques a reçu, plus ou moins formellement, de Laurent-Eynac la mission de ramener à cette occasion des informations sur les terrains utilisables pour la liaison avec Madagascar. Les événements en décideront autrement et ils ne feront ce tour d'Afrique aérien qu'en 1932 avec leur Farman F.291 F-ALER.


Ils se préparent d'abord en changeant d'appareil. Leur DH.60G "Safari II" avait bien réalisé son tour du monde, mais la confiance s'était sans doute émoussée et entretemps, la technique avait progressé. Il est donc mis en vente, et aura néanmoins par la suite une belle carrière.

 

Le 31 janvier 1930, Jacques prend livraison à Stag Lane de son nouvel appareil : le DH.60M c/n 1443, en fait l'un des tous premiers Morane Moth immatriculé F-AJKT et baptisé "SAFARI III". Il s'envole immédiatement pour Paris.

Février 1930 : première liaison directe Paris - Djibouti


            Le couple ne tarde pas à reprendre ses voyages vers l'Afrique. Le 3 février 1930, il s'envole du Bourget vers la vallée du Rhône, puis l'Italie avant d'atteindre Tunis et de repartir vers Tripoli, Benghazi, puis Tobrouk. Vers le 15 février, le DH.60M F-AJKT arrive au Caire en fin de journée et retrouve l'accueil du hangar qui avait abrité le G-EBZR en octobre 1928. Mais au lieu de partir vers la Palestine, il se dirige cette fois vers le sud, suivant le Nil par étapes conjuguant tourisme et visites aux relations. L'étape entre Le Caire et Louqsor ( # 520km ) et effectuée à basse altitude ce qui permet, outre de découvrir le pays tout en s'amusant à effrayer les troupeaux.


            Après Louqsor, le couple se pose à Wadi-Halfa ( # 420km ) où il est accueilli par le Gouverneur, Jackson Pasha (?). Puis, après une étape de 700 km, c'est Khartoum où Jacques et Violette rencontrent Sir William Joynson-Hicks, surnommé "Jix", leader conservateur alors âgé de 64 ans (il décèdera en 1932). Ils y  séjournent peut-être une journée avant de repartir vers le nord-est et la Mer Rouge. L'étape suivante est plsu courte ( # 275 km ), étape de désert en suivant la voie de chemin de fer à une vitesse modérée de 130 km/h sous un soleil de plomb. En milieu de journée, Safari III arrive à Atbara, où il est soigneusement sécurisé car le vent souffle fort. Le lendemain, ils sont accueillis à Port Soudan ( # 400km ) par le Gouverneur et son épouse qui les invitent au bal mensuel de la place.


            Si jusque-là le voyage s'est bien déroulé, l'étape suivante voit le début des problèmes. Au départ, le vent est favorable et le réservoir plein doit permettre en principe sans problème de rejoindre Massawa, soit une étape très raisonnable de 500 km environ longeant la côte de la Mer Rouge. Un violent vent de face transforme cette étape tranquille en aventure lorsque Jacques constate qu'ils n'ont parcouru que 25 km en 3H00 et que le niveau de l'essence est en forte baisse. L'atterrissage apparaît rapidement nécessaire, mais le désert est partout. Une hutte près d'une voie ferrée offre une opportunité apparente, mais s'avère désertée depuis longtemps. Après avoir étudié la carte, Jacques décide de redécoller vers l'intérieur du pays pour le village de Per Tokar repéré sur la carte et apparaissant comme la seule opportunité crédible à portée de réservoir.


            Per Tokar, à 370 km de Port Soudan, s'avère heureusement un village habité, possédant même une banque animée par un écossais qui les héberge avec plaisir, et les aide à se procurer suffisamment d'essence.


            Le lendemain, Jacques a l'espoir d'atteindre Djibouti. La matinée se passe sans problème et, après 260 km de vol, Jacques se pose à Massawa pour refaire les pleins. L'officier italien qui commande la garnison en profite pour les inviter à déjeuner. Il leur reste 600 km à faire dans l'après-midi pour arriver à Djibouti. Malheureusement, le petit avion doit de nouveau affronter un fort vent de face et la question d'un atterrissage prématuré se pose de nouveau. De plus, le Moth traverse tout à coup un épais nuage de criquets. Dans ces conditions, Jacques et Violette décident de se poser à Assab, en Érythrée. Le gouverneur italien les invite pour la nuit, mais Jacques et Violette, dont l'italien est peu convaincant, privilégient l'offre d'un industriel du sel qui a passé 2 ans à Londres, dans Oxford Street, en face de Selfridge's ...


            En comparaison, les 140 km de l'étape du lendemain ne sont qu'un saut de puce, mais plein d'une signification qui se traduit par un accueil solennel, un grand dîner et une escale un peu prolongée : le petit Moth est en effet le premier appareil  venant de la métropole à se poser à Djibouti.


Le samedi 1° mars 1930, Jacques et Violette quittent Djibouti pour Aden.

Retour haut de page

Leur guide Wattie et les trophées de chasse

Coll. K. de Sibour

En difficultés au Congo belge

Coll. K. de Sibour

Safari III

Djibouti, mars 1930

Jacques de Sibour