Mise en place à Djibouti du 15 au 24 avril 1932 (# 9000 km en 4j 21h)
Vendredi 15 avril : Toussus-le-Noble - Perpignan (800 km)
Départ de l'aérodrome Farman à 14H00, vol sans problème autre que la rupture de commandes d'un compte-tours vers Montpellier. Atterrissage à Perpignan à 18H40.
Samedi 16 avril : Perpignan - Oran - Tunis (2200 km)
Décollage à 05H40. Fort vent rencontré le long des côtes d'Espagne. Bref atterrissage à Oran à 13H00, puis survol de l'Algérie et atterrissage à Tunis à 17H00. Les documents attendus par l'équipage à Tunis, lettre de crédit et instructions pour la Compagnie des Pétroles, ne sont pas arrivés.
Dimanche 17 avril : Tunis - Tripoli - Syrte (1050 km)
Décollage de Tunis pour Bengazi à 08H30. Le retard dû à de nouveaux déboires administratifs avec la douane italienne à Tripoli, conjugués avec un fort vent de face, impose de passer la nuit à Syrte où le Farman se pose à 17H00.
Lundi 18 avril : Syrte - Le Caire (1600 km)
Départ à 05H10. Vol d'une traite avec vent du sud. Atterrissage d'un équipage sale et épuisé à 15H30 à Héliopolis. La ville est en pleine fête du Beïram. Un officier de la RAF apprend à l'équipage d'une part qu'il ne peut repartir, les autorisations de vol n'ayant pas été régularisées entre Paris et Le Caire; d'autre part, que l'itinéraire doit être soumis au Gouverneur Général du Soudan et un atterrissage prévu à Wadi-Halfa. De surcroit, le contrôleur des douanes refuse les livres anglaises et demande le paiement en livres égyptiennes ...
L'arrivée des relations égyptiennes de Philippe d'Estailleur-Chanteraine leur permet de comprendre la situation. En fait, les documents doivent être bloqués dans les bureaux fermés depuis 4 jours. Par ailleurs, l'attitude tatillonne des autorités soudanaises provient du passage quelques mois auparavant, Goulette et Salel sont passés rapidement puis ont été crus perdus au Soudan, étant passés par Assouan sans prévenir. Les problèmes qui ont suivi - et dégénéré rn incident diplomatique - ont entraîné un renfort de la règlementation.
Pour alléger les problèmes administratifs, il est décidé de laisser l'appareil en transit, ce qui impose de redécoller avant que douze heures se soient écoulées depuis l'atterrissage. Pendant que l'équipage se rafraichit, les documents sont retrouvés et un court sommeil est possible. Réveillé à 01H00, l'équipage est sur le terrain à 01H50.
Mardi 19 avril : Le Caire - Assouan - Massaoua (2250 km)
Décollage dans la nuit à 02H40. Vol le long du Nil. Atterrissage à Assouan à 05H30 pour faire les pleins et vérifier le moteur, et à 07H30, décollage pour rejoindre la Mer Rouge dont le Farman longe la côte. Le survol de Port Soudan réveille le souvenir des difficultés survenues là en juin 1931. A 16H35, atterrissage à Massaoua.
Après réceptions et dîner, Philippe d'Estailleur-Chanteraine reçoit la visite d'Henri de Vilmorin, bloqué à Massaoua où il attend un bateau vers le sud depuis 4 jours qui est accepté comme passager jusqu'à Djibouti.
Mercredi 20 avril : Massaoua - Djibouti (600 km)
L'équipage accru d'Henri de Vilmorin se retrouve au terrain vers 05H30 pour embarquer. A l'issue d'un vol relativement court, arrivée à Djibouti vers 11H00.
Mercredi 20 au dimanche 24 avril : Djibouti
Pendant leur court séjour, Philippe d'Estailleur-Chanteraine aura des entretiens et fera un bilan de la situation et du comportement des fonctionnaires, administration et corps médical, notamment. Il souligne notamment l'absence entre Djibouti et Addis-Ababa, d'une ligne aérienne régulière qui devrait - à l'instar du chemin de fer - être franco-éthiopienne et à laquelle ne peuvent suppléer qu'imparfaitement les vols de liaison réalisés épisodiquement par l'équipe Corriger avec les Farman 192 et Potez 25 éthiopiens.
Le jeudi 21, une révision complète de l'appareil est réalisée; elle est suivie d'un dîner chez l'ambassadeur. Le vendredi 22, à 01H00, l'équipage est debout et rejoint le terrain. Le courrier destiné à la première liaison aérienne Djibouti - Dakar est embarqué. Les cales enlevées, l'appareil prend de la vitesse, mais semble freiné. Freton aux commandes réduit les gaz au moment où l'appareil freiné plonge du nez avant de retomber sur la queue. Le terrain miné par l'eau des salines s'est affaissé. Le moteur est intact, mais l'hélice métallique est faussée.
Pendant que Philippe d'Estailleur-Chanteraine demande à Paris l'envoi d'une hélice de rechange, Mistrot se met au travail ... avec un marteau. Le samedi 23, l'hélice redressée est remontée et un essai effectué : le moteur tourne parfaitement ! ... et le départ est donc décidé pour le lendemain après consolidation de la piste.