Les grands voyages à caractère aventureux s'arrêtent à cette époque, mais l'activité professionnelle subsiste avec l'avion d'Intava, un Percival Petrel. En 1938, Jacques et Violette réalisent ainsi un tour des aéroports indiens pour Esso, passant par Tripoli où ils déjeuneront pour la dernière fois avec Balbo qui leur confiera son antipathie croissante pour la politique de Mussolini. Ils ne rentreront à Londres qu'après Pâques 1939 : la guerre est presque là.
Mobilisé fin 39, Jacques sera renvoyé dans ses foyers en février 40. Rentré à Londres, il demande dès mai 40 à servir sous l'uniforme de la RAF qui décide de l'envoyer au Moyen-Orient. Violette part pour leur ferme du Kenya, accompagnée de leur fille Jacqueline en pension qu'elle passe prendre à Paris; toutes deux parviennent à rejoindre Marseille où elles embarquent sur le dernier navire pour Alexandrie. Le 14 juin, Jacques reçoit sa nomination comme "pilot officer" et rejoint Le Caire en uniforme de Squadron Leader. Violette partira ensuite pour Nairobi.
Leur fils, Blaise après avoir tenté de s'engager travaille pour De Havilland en Angleterre d'abord, où il participe à un crash program d'amélioration des Spitfire pendant la bataille d'Angleterre, puis en Égypte. Rattaché d'abord à la RAF en Libye, il rejoint les FAFL le 1° mars 1942. Volontaire pour le Groupe de Chasse Normandie, il le rejoint le 3 août 1943. Il est porté disparu le 31 août 43 dans la région d'Yelnia, le même jour qu'un autre aviateur et pionnier des voyages aériens également au Normandie, Paul de Forges.
Jacques de Sibour servit dans la RAF notamment comme officier de renseignement en 40 et 41 au Quartier Général de la RAF au Moyen Orient. Il fut impliqué dans l'offensive du Levant, ainsi que probablement dans la campagne d'Érythrée dont un grand drapeau ramené en souvenir fut utilisé par Violette pour arranger leur maison d'Accra. Mais son action parait avoir été plus particulièrement en relation avec la création de la route de convoyage de Takoradi. A l'été 1941, il fut affecté au No 203 Group à Khartoum, pendant les quelques mois où un effort particulier y fut demandé compte tenu de l'occupation de la Grèce. En décembre 41, Jacques se voit proposer de rejoindre les Pan American Airways qui s'implantent en Afrique pour l'USAAC. Il accepte mais lors d'une mission en janvier 41 aux États-Unis demande à rejoindre les FAFL. Fortement soutenue par les Américains, cette demande de transfert - en pleine période de crise avec les anglo- américains - cette demande est vivement refusée par le Général de Gaulle, bien qu'initialement acceptée sur le terrain le 1° mars 42 par Astier de Villatte, Corniglion-Molinier et Catroux. Démissionnant alors de la RAF, Jacques est détaché auprès de Pan American.
Entre temps, suite à diverses questions administratives de paye et de grade, la présence de Jacques aux FAFL Moyen-Orient est remontée à Londres et le Général de Gaulle confirme très vivement son refus de le voir aux FAFL.
En juin 42, Jacques, parti en mission aux USA, revient avec l'État-major du Brigadier General Fitzgerald qui s'implante à Accra. Du 5 au 24 juillet, Jacques s'envole comme copilote et navigateur d'un avion de Pan American pour "ouvrir" la route du Congo partant de pointe Noire par Brazzaville, Léopoldville et Nairobi, et qui devait se prolonger vers l'Australie par les iles de l'Océan Indien. A son retour, il s'engage définitivement dans l'USAAC.
En décembre 1942, il fera partie de l'équipage de l'avion transportant Franklin D. Roosevelt au Maroc.
Après le Ferrying Command, il est affecté en 1944 à l'OSS. Il assurera un commandement opérationnel notamment sur l'aéroport de Kunming en Chine du Sud où il assure la formation et la supervision des agents en Chine du Sud et en Indochine. Lui-même interviendra à deux reprises derrière les lignes japonaises pour prendre des contacts avec les autorités locales et récupérer des documents. Il rentre aux États-Unis en 1945.
Jacques et Violette divorceront en février 1949. Entretemps, Jacques a repris une carrière civile chez American Airways. il y occupera divers postes de responsabilité, notamment à Paris. Remarié à deux reprises, il décède à Lisbonne en avril 79.
Jacques de Sibour nous paraît injustement oublié dans l'histoire de l'aviation française de l'entre-deux-guerres qui tend à privilégier les raids et records à connotation industrielle ou institutionnelle. Si son raid Paris-Pékin réalisé sous les auspices "nationaux" de Farman et Gnome-Rhône est son voyage le plus cité, ses autres voyages - qui furent, soulignons-le, réalisés sur fonds privés - sont le plus souvent passés sous silence, à commencer par son tour du monde de 1928 qui constitue, avec ses aspects dilettantes dans le contexte de ce qui ne s'appelait pas encore la "jet set" , un véritable exploit pour l'époque.
Cette biographie de Jacques et Violette de Sibour n'a pu être réalisée que grâce à l'aide amicale - directe ou indirecte - de leurs proches, et tout particulièrement de Katherine de Sibour. Qu'ils en soient ici remerciés.