- Samedi 1° mars 1930 : Djibouti - Aden ( # 300 km)
Une courte étape, et un accueil de nouveau chaleureux : SAFARI 3 est le premier avion civil à atterrir à Aden. La demande d'autorisation, transmise par le gouvernement français, à se poser avec appareil photographique et fusil a reçu une réponse positive grâce à l'officier commandant la base - peut-être le Sq Ldr J.L.Vachell - dont Jacques et Violette avaient fait la connaissance en 1928 au Caire. A cette date, la base n'est occupée que depuis peu par une unité permanente du No8 Squadron de la RAF en cours de rééquipement en Fairey IIIF. Le Colonel Reilly, gouverneur d'Aden, les accueille à sa résidence.
La suite du voyage est indécise. Jacques a fait des demandes fin 1929 pour deux visites; l'une auprès de l'Imam du Yémen en vue de la visite de Sanaa, l'autre auprès du gouvernement éthiopien. Aucune d'entre elles n'a reçu la réponse attendue.
L'imam du Yémen a répondu favorablement à leur demande de visite, tout en refusant poliment toute idée de vol au dessus du Yémen. Jacques proposa de voler jusqu'à Hodeïda et de poursuivre par chameau vers Sanaa, mais reçut la même réponse. Ceci supposait de prendre le bateau bimensuel sur la Mer Rouge, puis traverser en 4 jours le désert jusqu'à Sanaa. Jacques et Violette ne donnèrent pas suite.
Le gouvernement éthiopien, sollicité tant par la voie française que par la voie britannique, n'avait pas répondu. Finalement, l'Ambassade de France confirme l'autorisation obtenue grâce au directeur de l'aviation éthiopienne, André Maillet, mais de curieuses réserves sont exprimées.
Le 4 mars 1930, Maillet adresse un courrier à Jacques. Ils ont l'autorisation de voler jusqu'à Addis-Ababa. Mais, dès son arrivée à Djibouti, Jacques doit télégraphier son intention de vendre le Moth au gouvernement éthiopien et voyager ensuite "sous couleurs éthiopiennes" avec le drapeau éthiopien bien visible sur l'avion. " Il va sans dire...," précise t'il, "... que, si vous le désirez, votre avion ne conviendra pas au service du Gouvernement éthiopien et que vous pourrez retourner par le même chemin." Maillet propose de le prévenir à leur passage à Dire-Dawa pour leur faciliter l'arrivée à Addis-Ababa.
Cette demande, liée tant à la situation interne de l'Éthiopie - rébellion en cours contre le Négus - qu'au goût du Négus pour les avions et à son désir de renforcer son aviation, est incompréhensible a priori pour Jacques. A cette époque, seuls sont opérationnels les 2 Potez de Maillet et Corriger arrivés l'été précédent, le Junkers W33 acheté à l'Allemagne s'étant crashé en décembre.
Compte tenu de la présence rassurante de légations française et britannique en Éthiopie - ce qui n'est pas le cas au Yémen - Jacques et Violette acceptent cette offre et s'envolent pour Djibouti.
- Retour à Djibouti ( # 300 km )
Dès leur arrivée à Djibouti, où ils sont accueillis par le Gouverneur Général en attendant leur autorisation, Jacques achète la peinture nécessaire et met Violette à l'œuvre tandis que lui-même va chasser. L'après-midi précédant leur départ, ils reçoivent une inattendue invitation à dîner et passent la soirée avec Henri de Monfreid - en principe recherché par la police - et Joseph Kessel. Invitation guère appréciée officiellement, ce qui assombrit un peu leur départ le lendemain.
A la dernière minute, un message de Maillet leur demande d'attendre de nouvelles instructions à Dire-Dawa.
- Djibouti - Dire Dawa ( # 260 km)
Jacques et Violette ont envisagé de se poser à Harrar pour visiter la ville, ce que leur déconseille formellement Maillet (en 1935, il n'y aura d'ailleurs toujours pas de terrain considéré comme utilisable à Harrar). Ils se posent à Dire-Dawa, le long de la voie ferrée Djibouti - Addis-Ababa. En attendant les informations de Maillet, ils décident de louer des ânes pour visiter Harrar à une quarantaine de kilomètres.
- Dire Dawa - Matahara - Addis-Ababa ( 225 + 125 km )
Le télégramme de Maillet leur précise un rendez-vous intermédiaire au lac Metahara où les attendront les 2 Potez 25 pour les accompagner à Addis-Ababa où ils se poseront sur le champ de courses.
Dés leur arrivée, l'originalité de la situation se confirme. Avec les Potez, le Gouvernement éthiopien a acquis un lot de bombes qui n'ont pas encore été expérimentées. Le Négus souhaite une démonstration et Maillet demande à Jacques et Violette de l'accompagner pour cet essai de largage "à la main".
L'essai a lieu sur un terrain voisin d'Addis-Ababa où le Négus et se conseillers se sont installés pour assister à la démonstration. Lorsque Maillet donne l'ordre, Jacques et Violette lâchent leurs bombes qui se dirigent ... droit sur le groupe des officiels éthiopiens qui s'égaillent dans toutes les directions. Les bombes explosent parfaitement, heureusement sans blesser le Négus et les officiels qui en sont quitte pour une forte émotion. A leur atterrissage, le Négus vient les accueillir et Jacques ... le félicite pour le succès de cette démonstration.
S'ensuit une réception officielle au Palais. Jacques et Violette sont accompagnés par Maillet et l'Ambassadeur de France, Verchère de Reffye. Les formalités terminées, le Négus les retient un moment en tête à tête et demande à Jacques s'il accepterait de larguer des tracts sur les tribus dissidentes, sachant qu'en cas de problème, il ne sera pas en mesure d'intervenir.
Jacques accepte et mène la mission avec succès. La première conséquence en est un intérêt confirmé du Négus pour le petit Moth. Violette et Jacques finissent par accepter à contre cœur et préparent leur départ par bateau pour le Kenya. L'autorisation leur est donnée d'utiliser le Moth pour revenir à Djibouti où Maillet le prendra en charge; le chèque les rejoindra au Kenya.
- Lundi 24 mars 1930 : étape Addis-Ababa - Djibouti
Quelques jours et dîners au palais après, Jacques et Violette décollent le 24 mars et rejoignent Djibouti où le Moth, ailes repliées, et stocké sur la terrasse de l'hôtel. Ils repartent ensuite vers le Kenya où ils parviendront dans les premiers jours d'avril.