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Jacques de Sibour

1930 - Ethiopie, Kenya, AOF
  • Lundi 3 février 1930 : Le Bourget

Le couple ne tarde pas à prendre l'air. Le 3 février 1930, il s'envole du Bourget vers la vallée du Rhône, puis l'Italie avant d'atteindre Tunis et de repartir vers la Tripoli, Bengazi, puis Tobrouk.
  
  • Vers le 15 février, Le Caire

Venant de Tobrouk, le F-AJKT arrive au Caire en fin de journée et retrouve l'accueil du hangar qui avait abrité le G-EBZR en octobre 1928. Mais au lieu de partir vers la Palestine,  la route part cette fois vers le sud, suivant le Nil par étapes conjuguant tourisme et visites aux relations.
  
  • Le Caire - Louqsor ( # 520km )

Comment visiter l'Égypte sans visites touristiques. Le vol à basse altitude permet aussi, outre d'effrayer les troupeaux, de découvrir le pays.
  
  • Louqsor - Wadi-Halfa ( # 420km )

Le couple est accueilli par le Gouverneur de Wadi Halfa, Jackson Pasha (?).
  
  • Wadi-Halfa - Khartoum ( # 700 km )

Jacques et Violette y rencontrent Sir William Joynson-Hicks, surnommé "Jix", leader conservateur alors âgé de 64 ans (il décèdera en 1932). Ils y  séjournent peut-être une journée avant de repartir vers le nord-est et la Mer Rouge.
  
  • Khartoum - Atbara ( # 275 km )

Étape de désert en suivant la voie de chemin de fer à une vitesse modérée de 130 km/h sous un soleil de plomb. En milieu de journée, arrivée à Atbara. Safari III est soigneusement sécurisé car le vent souffle fort.
  
  • Atbara - Port Soudan ( # 400km )

A leur arrivée à Port Soudan, ils sont accueillis par le Gouverneur et son épouse qui les invitent au bal mensuel de la place.
  
  • Port Soudan - Massawa, arrêtée à Per Tokar ( # 370 km )

Jusque là, le voyage s'est bien déroulé. Mais cette étape voit le début des problèmes. Au départ, le vent est favorable et le réservoir plein permet en principe sans problème de rejoindre Massawa, soit une étape très raisonnable de 500 km environ longeant la côte de la Mer Rouge.

Un violent vent de face transforme cette étape tranquille en aventure lorsque Jacques constate qu'ils n'ont parcouru que 25 km en 3H00 et un niveau d'essence en forte baisse. L'atterrissage apparaît nécessaire dans le désert. Une hutte près d'une voie ferrée offre une opportunité apparente, mais s'avère désertée depuis longtemps. Après avoir étudié la carte, Jacques décide de redécoller vers l'intérieur du pays pour le village de Per Tokar repéré sur la carte et apparaissant comme la seule opportunité crédible à portée de réservoir.

Per Tokar s'avère heureusement un village habité, possédant même une banque animée par un écossais qui les héberge avec plaisir, et les aide à se procurer suffisamment d'essence.
  
  • Per Tokar - Massawa - Assab (260 + 460 km)

Compte tenu de cet aléa, l'intention de Jacques est sans doute d'aller jusqu'à Djibouti. La matinée se passe sans problème et Jacques se pose à Massawa pour refaire les pleins. L'officier italien qui commande la garnison en profite pour les inviter à déjeuner.

Dans l'après-midi, malheureusement, le petit avion doit de nouveau affronter un fort vent de face, et la question d'un atterrissage prématuré se pose de nouveau. De plus, le Moth traverse tout à coup un épais nuage de criquets. Dans ces conditions, Jacques et Violette décident de se poser à Assab, restant donc en Érythrée. Le gouverneur italien les invite pour la nuit, mais Jacques et Violette, dont l'italien est peu convaincant, privilégient l'offre d'un industriel du sel qui a passé 2 ans à Londres, dans Oxford Street, en face de Selfridge's ...
  
  • Assab - Djibouti ( 140 km)

Un saut de puce, mais plein d'une signification qui se traduit par un accueil solennel, un grand dîner et une escale un peu prolongée : le petit Moth est en effet le premier appareil  venant de la métropole à se poser à Djibouti.

Le samedi 1° mars 1930, Jacques et Violette quittent Djibouti pour Aden.
Leur tour du monde n'était pas encore terminé que Violette et Jacques de Sibour pensaient à repartir. Leur projet : l'Afrique, rejoindre le Kenya où ils possédaient avaient essayé de s'installer en 1925, près de Nairobi, et possédaient une ferme. Ils avaient ensuite, semble t'il, l'intention de revenir par Fort Lamy et le Sahara. Jacques a reçu, plus ou moins formellement, de Laurent-Eynac la mission de ramener à cette occasion des informations sur les terrains utilisables pour la liaison avec Madagascar. Les événements en décideront autrement et ils ne feront ce tour d'Afrique aérien qu'en 1932 avec leur Farman F.291 F-ALER.

Ils se préparent d'abord en changeant d'appareil. Leur DH.60G "Safari II" avait bien réalisé son tour du monde, mais la confiance s'était sans doute émoussée et entretemps, la technique avait progressé. Il est donc mis en vente, et aura néanmoins par la suite une belle carrière.
 
Le 31 janvier 1930, Jacques prend livraison à Stag Lane d'un nouvel appareil : le DH.60M "Metal Moth" c/n 1443 qui reçoit l'immatriculation française F-AJKT et le nom de baptême "SAFARI III". Il s'envole immédiatement pour Paris.
  • Samedi 1° mars 1930 : Djibouti - Aden ( # 300 km)

Une courte étape, et un accueil de nouveau chaleureux : SAFARI 3 est le premier avion civil à atterrir à Aden. La demande d'autorisation, transmise par le gouvernement français, à se poser avec appareil photographique et fusil a reçu une réponse positive grâce à l'officier commandant la base - peut-être le Sq Ldr J.L.Vachell - dont Jacques et Violette avaient fait la connaissance en 1928 au Caire. A cette date, la base n'est occupée que depuis peu par une unité permanente du No8 Squadron de la RAF en cours de rééquipement en Fairey IIIF. Le Colonel Reilly, gouverneur d'Aden, les accueille à sa résidence.
  
  • Escale à Aden

La suite du voyage est indécise. Jacques a fait des demandes fin 1929 pour deux visites; l'une auprès de l'Imam du Yémen en vue de la visite de Sanaa, l'autre auprès du gouvernement éthiopien. Aucune d'entre elles n'a reçu la réponse attendue.

L'imam du Yémen a répondu favorablement à leur demande de visite, tout en refusant poliment toute idée de  vol au dessus du Yémen. Jacques proposa de voler jusqu'à Hodeïda et de poursuivre par chameau vers Sanaa, mais reçut la même réponse. Ceci supposait de prendre le bateau bimensuel sur la Mer Rouge, puis traverser en 4 jours le désert jusqu'à Sanaa. Jacques et Violette ne donnèrent pas suite.

Le gouvernement éthiopien, sollicité tant par la voie française que par la voie britannique, n'avait pas répondu. Finalement, l'Ambassade de France confirme l'autorisation obtenue grâce au directeur de l'aviation éthiopienne, André Maillet, mais de curieuses réserves sont exprimées.

Le 4 mars 1930, Maillet adresse un courrier à Jacques. Ils ont l'autorisation de voler jusqu'à Addis-Ababa. Mais, dès son arrivée à Djibouti, Jacques doit télégraphier son intention de vendre le Moth au gouvernement éthiopien et voyager ensuite "sous couleurs éthiopiennes" avec le drapeau éthiopien bien visible sur l'avion. " Il va sans dire...," précise t'il, "... que, si vous le désirez, votre avion ne conviendra pas au service du Gouvernement éthiopien et que vous pourrez retourner par le même chemin." Maillet propose de le prévenir à leur passage à Dire-Dawa pour leur faciliter l'arrivée à Addis-Ababa.

Cette demande, liée tant à la situation interne de l'Éthiopie - rébellion en cours contre le Négus - qu'au goût du Négus pour les avions et à son désir de renforcer son aviation, est incompréhensible a priori pour Jacques. A cette époque, seuls sont opérationnels les 2 Potez de Maillet et Corriger arrivés l'été précédent, le Junkers W33 acheté à l'Allemagne s'étant crashé en décembre.

Compte tenu de la présence rassurante de légations française et britannique en Éthiopie - ce qui n'est pas le cas au Yémen - Jacques et Violette acceptent cette offre et s'envolent pour Djibouti.
  
  • Retour à Djibouti ( # 300 km )

Dès leur arrivée à Djibouti, où ils sont accueillis par le Gouverneur Général en attendant leur autorisation, Jacques achète la peinture nécessaire et met Violette à l'œuvre tandis que lui-même va chasser. L'après-midi précédant leur départ, ils reçoivent une inattendue invitation à dîner et passent la soirée avec Henri de Monfreid - en principe recherché par la police - et Joseph Kessel. Invitation guère appréciée officiellement, ce qui assombrit un peu leur départ le lendemain.
A la dernière minute, un message de Maillet leur demande d'attendre de nouvelles instructions à Dire-Dawa.
  
  • Djibouti - Dire Dawa ( # 260 km)

Jacques et Violette ont envisagé de se poser à Harrar pour visiter la ville, ce que leur déconseille formellement Maillet (en 1935, il n'y aura d'ailleurs toujours pas de terrain considéré comme utilisable à Harrar). Ils se posent à Dire-Dawa, le long de la voie ferrée Djibouti - Addis-Ababa. En attendant les informations de Maillet, ils décident de louer des ânes pour visiter Harrar à une quarantaine de kilomètres.
  
  • Dire Dawa - Matahara - Addis-Ababa ( 225 + 125 km )

Le télégramme de Maillet leur précise un rendez-vous intermédiaire au lac Metahara où les attendront les 2 Potez 25 pour les accompagner à Addis-Ababa où ils se poseront sur le champ de courses.
  
  • Séjour à Addis-Ababa

Dés leur arrivée, l'originalité de la situation se confirme. Avec les Potez, le Gouvernement éthiopien a acquis un lot de bombes qui n'ont pas encore été expérimentées. Le Négus souhaite une démonstration et Maillet demande à Jacques et Violette de l'accompagner pour cet essai de largage "à la main".

L'essai a lieu sur un terrain voisin d'Addis-Ababa où le Négus et se conseillers se sont installés pour assister à la démonstration. Lorsque Maillet donne l'ordre, Jacques et Violette lâchent leurs bombes qui se dirigent ... droit sur le groupe des officiels éthiopiens qui s'égaillent dans toutes les directions. Les bombes explosent parfaitement, heureusement sans blesser le Négus et les officiels qui en sont quitte pour une forte émotion. A leur atterrissage, le Négus vient les accueillir et Jacques ... le félicite pour le succès de cette démonstration.

S'ensuit une réception officielle au Palais. Jacques et Violette sont accompagnés par Maillet et l'Ambassadeur de France, Verchère de Reffye. Les formalités terminées, le Négus les retient un moment en tête à tête et demande à Jacques s'il accepterait de larguer des tracts sur les tribus dissidentes, sachant qu'en cas de problème, il ne sera pas en mesure d'intervenir.

Jacques accepte et mène la mission avec succès. La première conséquence en est un intérêt confirmé du Négus pour le petit Moth. Violette et Jacques finissent par accepter à contre cœur et préparent leur départ par bateau pour le Kenya. L'autorisation leur est donnée d'utiliser le Moth pour revenir à Djibouti où Maillet le prendra en charge; le chèque les rejoindra au Kenya.
  
  • Lundi 24 mars 1930 : étape Addis-Ababa - Djibouti

Quelques jours et dîners au palais après, Jacques et Violette décollent le 24 mars et rejoignent Djibouti où le Moth, ailes repliées, et stocké sur la terrasse de l'hôtel. Ils repartent ensuite vers le Kenya où ils parviendront dans les premiers jours d'avril.
 


  
No8 Squadron, Aden, avec date 1-3-30
Dessin du F-ALER
Coll. de Sibour
  • Mars - avril 1930 : Djibouti - Mombasa - Nairobi

Violette et Jacques descendent le long de la côte par bateau jusqu'à Mombasa. Ils prennent ensuite le train jusqu'à Nairobi. Leur arrivée, et le fait qu'ils réutilisent le train pour la première fois depuis trois ans est signalée par la presse, d'autant qu'à Paris l'Exposition Coloniale organisée par Lyautey bat son plein.

Ne voulant pas abandonner leur projet, Violette et Jacques décident d'acquérir un camion de 2 tonnes pour revenir par la voie terrestre. Ils passent le mois d'avril à organiser cette expédition. Ils seront accompagnés par leur connaissance (qui s'occupe de leur ferme au Kenya?) Wattie, un écossais, et trois boys.
  
  • Mai - juin 1930 : Nairobi - Bangui

Le départ vers l'ouest a lieu courant mai 1930. Ils traversent l'Ouganda, pénètrent au Sud du Soudan, passant le Nil à Juba. Ils arrivent ensuite au Congo Belge à Aba. Ils visitent Bambile où les a invités le baron Johnny de Steenhault.

Ils entrent en Afrique Équatoriale Française à Bangassou et remontent sur Bangui, où sont parvenues des instructions de Laurent-Eynac demandant de leur faciliter les choses. De ce fait, dès leur arrivée à Bangui, ils sont accueillis et invités par le Gouverneur.

Quittant Bangui, ils partent vers le nord et Fort-Lamy pour évaluer des terrains d'atterrissage possibles au Tchad malgré les avertissements sur le fait que l saison des pluies est sur le point de commencer. Effectivement, les tornades tropicales se déclenchent durant leur trajet et les forcent à s'arrêter à Fort- Archambault où ils sont hébergés par le Chef de district pour un séjour qui promet de durer quelque peu.

Le 20 juin, Bruneau de Laborie, âgé de 60 ans, explorateur, chasseur et homme d'épée connu a été blessé par un lion à Doba, à 150 km de Fort Archambault. Un soir, leur hôte leur apprend cet accident, indiquant que, sans moyens lui-même, il a demandé une ambulance à Bangui, situé à plus de 500 km de Fort- Archambault.
On est le 27 juin. Jacques et Wattie décident de partir immédiatement pour Doba. Deux jours après, un coureur apporte un message indiquant que la gangrène s'étant déclarée, ils ramènent d'urgence le blessé. L'ambulance n'étant toujours pas là à leur arrivée, ils décident de repartir tous vers Bangui dans la nuit. Ils rencontrent l'ambulance le lendemain vers midi et y transfèrent Bruneau de Laborie. A sa demande, Jacques prend le volant et accompagnés par le camion conduit par Wattie, foncent sur Bangui où ils parviennent après 32h de route. Malgré leurs efforts, Bruneau de Laborie décèdera le 1° juillet à l'hôpital de Bangui.
  
  • Juillet 1930 : Retour en Europe

Entretemps, Violette et Jacques ont repris leur route pour parcourir les 1200 km restant vers la côte. Après 3 jours de conduite, ils parviennent à Yaoundé et retrouvent la civilisation. Ils rejoindront ensuite la côte et Douala par le train et reprendront le bateau pour la France où ils rentreront fin juillet 1930.
Lettre de Maillet à Jacques confirmant les conditions de l'autorisation d'accés à Addis-Ababa
Coll. de Sibour
Message de Maillet donnant rendez-vous avant leur arrivée à Addis-Ababa
Coll. de Sibour
De Paris à Addis-Ababa
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De Nairobi à Douala
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En difficultés au Congo belge
Coll. de Sibour