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De Londres au Caire
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Jacques de Sibour

"A trip into the blue": "Safari" autour du monde
MAROC, du dimanche 23 au vendredi 28 Septembre
  
  • Dimanche 23 et lundi 24 septembre : de Tanger à Fez ( 215 km en 1h30 )

En 1929, le terrain de Tanger - Boukhalef à une vingtaine de kilomètres au sud de la ville est encore peu aménagé. Il comporte un hangar constitué "de 3 murs délabrés et d'un demi-toit". Le projet initial de Jacques de Sibour était de suivre la côte nord-africaine jusqu'à Oran. Il en est dissuadé au dîner par les ambassadeurs français, de Witasse, et britanniques qui lui recommandent le détour par Fez de manière à éviter le survol du Rif encore mal contrôlé.
Après une visite de Tanger, le couple décolle en fin d'après-midi pour rejoindre Fez, où ils se posent sur l'aérodrome militaire, qui - "thank God" leur apparaît comme un luxe après les étapes précédentes.
  
  • Lundi 23 au vendredi 28 septembre : Fez

 L'étape de Fez sera plus longue que prévue. Ils sont accueillis par l'ambassadeur de Grande-Bretagne qui leur offre à dîner. Le lendemain, ils visitent la ville et les environs, déjeunant au mess des officiers. Le départ est prévu le mercredi 25 vers 15H00 pour Oujda. Mais la chaleur est là : le manque de puissance dans l'air peu porteur et la prise de conscience soudaine au décollage de la nécessité des haubans distendus leur impose un retour au terrain pour mettre le Moth dans les mains des mécaniciens.
Le jeudi 27 au matin, à leur arrivée au terrain, il s'avère que l'avion n'est pas prêt. Jacques avait laissé aux mécaniciens la notice d'entretien du Moth, évidemment avec texte et mesures anglais ... provoquant une laborieuse traduction. Lorsque les réglages sont enfin terminés, la chaleur est de nouveau installée.  La question du départ est suspendue lorsque s'annoncent le Général Huet et le Capitaine de Fargeau arrivant de Perpignan (probablement en Breguet 19) qui les invitent à dîner.
Le décollage a enfin lieu le vendredi 28 pour l'Algérie et Oran.

ALGERIE, du vendredi 28 Septembre au lundi 8 Octobre
  
  • Vendredi 28 septembre : de Fez à Oran ( 450 km en 2h30 )

Le vol se déroule sans difficulté. La chaleur au rendez-vous à l'atterrissage à Oran - la Senia réduit apparemment les commentaires et l'escale d'Oran à leur plus simple expression.
  
  • Samedi 29 septembre au mardi 2 octobre : d'Oran à Alger ( 450 km)

Le vol est apparemment plaisant, et le couple fait du tourisme. Après avoir effectué la moitié du parcours au sud du massif de l'Ouarsenis, Jacques prend au nord pour le traverser puis reprend sa route vers Alger - Maison Blanche.
Dés son arrivée, Jacques envoie un câble à Londres, indiquant leur projet de séjourner 2 jours à Alger avant de repartir pour Tunis, via Sétif. Leur séjour est discret, et apparemment sans histoire. Ils visitent probablement les gorges de Palestro, auxquelles ils feront plusieurs allusions par la suite pour localiser le lieu de l'incident qui suivra leur départ.
  
  • Mardi 2 octobre : d'Alger au djebel Djurdjura ( 80 km )

Le 2 octobre, le couple quitte Alger pour Sétif. Leur parcours en ligne droite leur fait survoler le massif de Djurdjura. Peu après leur départ, alors qu'ils ont parcouru environ 80 km (Flying Gypsies), le moteur s'arrête, les contraignant à un atterrissage forcé en zone montagneuse. Ils sont accueillis par le chef du district qui les invite à déjeuner. Jacques révise l'appareil sans trouver d'explication à la panne et ils passent la nuit sur place.
Les allusions que fera Violette par la suite évoque l'arrêt du moteur au dessus des gorges de Palestro. Cependant, les détails évoqués (distance, relief, altitude) ne correspondent pas bien à cette localisation. Il serait plus logique de placer cet incident plus bas soit au dessus de Bouira si le Moth suivait la vallée, soit vers la commune d'Ait Bouadou, au cœur du massif qui se trouve sensiblement sur l'axe Alger - Sétif. Ceci explique en outre pourquoi Jacques de Sibour, généralement prudent, a continué vers les Portes de Fer et Sétif aavec un moteur incertain plutôt que de revenir sur Alger.
  
  • Mercredi 3 octobre : du djebel Djurdjura (?) à Sétif (110 km)

Le 3 octobre, ils redécollent sans difficultés et partent vers l'est, suivant probablement la vallée de Raffour avant d'obliquer vers Sétif et de s'engager dans les Portes de Fer, probablement vers Bourar ("a narrow basin in the mountains crossed at the bottom by a swiftly flowing river"). Alors qu'ils commencent à s'élever, le moteur a des ratés. Jacques réalise alors qque leurs difficultés proviennent d'un mélange trop riche en altitude et décide de continuer vers Sétif en volant aussi bas que possible. Ils arrivent finalement sans encombre à Sétif El Hassi.
  
  • Jeudi 4 au dimanche 7 octobre : Séjour à Sétif

Ayant apparemment quelques difficultés à se remettre de leurs émotions, jacques et violette restent plusieurs jours à Sétif. Jacques en profite pour chasser. ils visitent également les gorges du Chabet-El-Akhra à une cinquantaine de kilomètres au nord de Sétif sur la route de Bougie (une photo figure dans Flying Gypsies) et sont invités à passer le dimanche dans la ferme d'une "famille coloniale française typique" réunissant une trentaine de personnes, journée agrémentée d'un cérémonial déjeuner méchoui - couscous...
  
  • Lundi 8 octobre : de Sétif à Tunis avec escale à Tébessa ( 270  + 245 km )

Doutant encore de leur appareil, le couple évite la région côtière montagneuse et vole vers Tunis avec une escale intermédiaire à Tébessa. Ils atterrissent sans autre difficulté que le retour de la chaleur sur le terrain militaire de Tunis El Aouina.

TUNISIE, du mardi 9 au samedi 13 octobre
  
  • Mardi 9 au jeudi 11 octobre : séjour à Tunis

La ville les séduit et ils décident d'y passer deux ou trois jours. Ils y sont accueillis par le Commandant de Tournemire qui dirige l'armée du Bey, et son épouse. Il leur fournit un chaperon pour visiter la ville, les introduit auprès de Saleh Eddine Baccouche (futur premier ministre tunisien) et leur facilitera tout leur séjour en Tunisie.
  
  • Vendredi 12 et samedi 13 octobre : Tunis - Gabès, via Kairouan et Sfax (360 km)

La journée du 12 illustre bien le tourisme aérien tel que le conçoit Jacques de Sibour. Décollage de Tunis El Aouina, atterrissage à Kairouan et visite de la ville, survol de El Jem, survol des champs d'oliviers et atterrissage sur le champ de courses de Sfax pour un déjeuner qui permet de laisser passer la grosse chaleur de la journée, enfin redécollage pour Gabès. Le terrain se situe à proximité immédiate du sud de la ville, près du camp militaire. Le couple y est accueilli par Aziz Jeloulli et y passera la journée du lendemain que Jacques occupera en révisant son moteur avant le départ pour Tripoli.
  
Départ d'Europe (14 septembre au 23 septembre 1928) : de Londres à Tanger

Partant du terrain de Hendon, et plus précisément des hangars de Havilland de Stag Lane, les de Sibour rejoignent Paris pour passer la soirée avec leur fils de 6 ans. Leur projet ensuite est de descendre en une journée à Perpignan - avec une escale à Lyon-Bron, pour rejoindre le parcours des Lignes Latécoère, et le suivre jusqu'à Tanger.
Les maladies de jeunesse de leur Gipsy Moth ne leur permettront pas d'être aussi rapides. ils perdront plusieurs jours en France dans des conditions imprécises. Une demande d'intervention à de Havilland dés leur arrivée à Lyon pourrait à nos yeux être une explication.
Si les terrains civilo-militaires du Bourget et de Lyon sont bien équipés, ils se rendront rapidement compte qu'il n'en est pas de même des terrains purement commerciaux des lignes Latécoère qui commencent seulement à préparer leur expansion. Ils ne pourront d'ailleurs utiliser le nouveau terrain de Latécoère à Barcelone - El Prat de Llobregat - et seront rejetés sur le terrain de secours de Sabadell, encore non aménagé.
GRANDE BRETAGNE, vendredi 14 septembre 1928
  
  • Londres, aéroport de Havilland de Stag Lane, le matin : 

Le Gipsy Moth DH 60G baptisé "Safari II" n'a fait son premier vol aux mains de Jacques de Sibour que le 13 septembre dans l'après-midi.
Dés l'aube du 14 septembre, Jacques de Sibour est sur le terrain. L'appareil peint en argent et bleu de cobalt est contrôlé et reçoit son CoA officialisant son immatriculation G-EBZR. La presse, et un cercle de parents, d'amis et de relations assistent au départ. Au premier rang figure le père de Violette, Harry Gordon Selfridge. Au delà du soutien formel, la tendance des relations est plutôt à une discrète désapprobation. Par contre, la presse aéronautique salue ce départ (Flight du 20/09/28).
  
  • de Hendon à Paris - Le Bourget ( 370 km )

Un atterrissage à Lympne règle les formalités douanières et un déjeuner sur le pouce. Puis, le vrai départ se fait directement vers Le Bourget, où Blaise attend ses parents pour un dîner dans un restaurant à la mode, le restaurant Griffon, rue d'Antin.



FRANCE, du samedi 15 au jeudi 20 septembre
  
  • Samedi 15 septembre : de Paris à Lyon ( 450 km en 3h )

Cette première étape débute sous de bons auspices. Le couple se pose à Lyon-Bron pour se dégourdir les jambes et se restaurer. Au moment de décoller, il constate une fuite d'huile. Le couple décide alors de prolonger son séjour. Le vol se serait repris le lendemain, la réparation étant menée avec l'aide d'un "ingénieur obligeant".

Cet ingénieur obligeant s'appelle James F.D. Beazer. Ancien de la RAF, il a été embauché en 1927 pour assurer la gestion du parc du Yorkshire Aero Club, et vient d'être débauché par de Havilland. Il est alors chargé de l'aide à l'installation des nouveaux aéro-clubs équipés de DH60.
Nous n'avons pas d'explication pour sa présence opportune à Lyon ce jour-là.
  
  • Dimanche 16 septembre : de Lyon à Perpignan ( 400 km )

Décollage le matin de bonne heure. Au bout d'une heure, Jacques remarque une absence de transfert de l'essence du réservoir avant. Après Nîmes, l'avion affronte une forte tramontane et le couple est soulagé de se poser à Perpignan. L'atterrissage par fort vent de travers est délicat, tant pour "Safari II" que pour un courrier de l'Aéropostale qui brise son train peu après. A ce moment, une nouvelle fuite d'huile est constatée.
  
  • Lundi 17 au jeudi 20 septembre : Perpignan

Le couple séjourne quelques jours à Perpignan, hébergé chez le Comte de Rodellec : c'est la semaine des vendanges dans les Corbières. Pendant ce temps, Safari II fait l'objet d'une maintenance peu efficace : le couple au retour d'un déjeuner trouve des mécaniciens faisant la sieste et constatant calmement "on a tout défait, mais on n'a rien trouvé".
 
Jacques et Violette lient également connaissance à Perpignan avec le Général François-Marcel Huet, commandant la 2° Brigade aéronautique en route pour une tournée d'inspaction au Maroc en Potez 25. Il est piloté par le Capitaine Fargeau de son Etat-Major. Arrivés le 16 de Paris, ils repartiront le 18 pour Alicante.



ESPAGNE, du vendredi 21 au dimanche 23 septembre

De Perpignan à Tanger, Jacques de Sibour suit scrupuleusement les itinéraires et utilise les terrains et infrastructures des Lignes Latécoère.
  
  • Vendredi 21 septembre : de Perpignan à Barcelone ( 180 km )

L'appareil est remonté et le couple décolle à 15H30 pour Barcelone. Le passage des Pyrénées se fait par le Col du Perthus. L'utilisation des terrains de Barcelone à El Prat de Llobregat, un militaire et deux civils : 'La Volateria et le terrain Latécoère. Ces deux derniers ne lui étant pas accessibles pour des raisons inexpliquées, Jacques de Sibour va se poser à Sabadell, terrain de secours des Lignes Latécoère alors non aménagé (il ne le sera qu'en 1934) et situé à une trentaine de kilomètres de Barcelone. Pas de téléphone ni de taxi ; pour quitter le terrain, la solution est rustique : char à bœufs avant qu'un automobiliste compatissant ne les prenne en charge, probablement au bourg de Sabadell.
La soirée au Ritz est évidemment d'une tout autre nature ...
  
  • Samedi 22 septembre : de Barcelone à Alicante ( 450 km )

Le retour au terrain le lendemain matin se fait moins difficilement. Le décollage, puis le vol dans une région montagneuse offrent quelques sensations accentuées par un temps orageux jusqu'à Valence. L'avion doit monter à 7000 ft pour passer les sierras avant d'atterrir sur le terrain nouvellement ouvert (fin 1927) des Lignes Latécoère à Alicante - El Altet pour y passer la nuit dans un hôtel loin de rappeler le Ritz de la veille, "one sixth-rate hotel smelling of crowded humanity".
  
  • Dimanche 23 septembre : d'Alicante à Tanger, avec escale à Malaga ( étape de 420 + 165 km)

Le décollage est retardé par la nécessité de remplacer la béquille qui s'est fendue la veille à l'atterrissage sur le terrain pierreux. A 9H00 passées, l'appareil s'envole enfin, et prend de l'altitude pour pallier aux inconvénients des turbulences générées par les montagnes et un vent assez fort. Le couple se pose au moteur à Malaga pour refaire le plein et déjeune de miel et d'omelette avec un pilote Latécoère et son épouse.
Le décollage l'après-midi permet un vol par temps clair au dessus du rocher de Gibraltar, pour atteindre finalement le terrain de Tanger situé à une vingtaine de kilomètres au sud de la ville.



  
L'Afrique du Nord française du dimanche 23 septembre au samedi 13 octobre 1928

Hormis le Rif qu'on leur recommande d'éviter dés leur arrivée à Tanger, l'Afrique du Nord française est développée et sera peu d'années plus tard l'une des régions aéronautiques les plus dynamiques. Si le terrain Latécoère à Tanger reste dans la ligne des terrains commerciaux espagnols, les terrains suivants sont largement utilisés par les militaires français et bien équipés. les étapes peuvent rester courtes et dans l'ensemble plaisantes et sûres.
Violette de jacques de Sibour peuvent donc y pratiquer leur approche du tourisme aérien, contrariée par les mésaventures dues aux premiers effets de la chaleur sur un avion "nordique" amplifiées par les variations d'altitude nécessaires pour passer les chaînes montagneuses algérienne.
Cela leur vaut leur première sensation forte, due à un arrêt moteur au dessus de la Kabylie. Ils se remettront de leurs émotions par une activité touristique intense à Sétif et en Tunisie, avant d'aborder la Lybie italienne.

LYBIE, du dimanche 14 au dimanche 21 Octobre
  
  • Dimanche 14 octobre : Gabès - Tripoli ( 340 km en 3H00)

Le temps s'est dégradé avec un fort vent du nord qui tend à pousser l'avion vers le désert. Néanmoins le vol se passe bien et le coupla rive bientôt à Tripoli.
  
  • Dimanche 14 et lundi 15 octobre : escale à Tripoli

Dès son arrivée, Jacques a envoyé à la presse un message confirmant leur arrivée à Tripoli : ce sera pratiquement le dernier publié avant la traversée des territoires britanniques du Moyen Orient. Ils ne reprendront qu'en Inde, après le changement du moteur de leur Moth.

L'unité qui les accueillent est la 89° Squadriglia de Tripoli-Mellaha équipée de SVA vieillissants et qui en 1928 reçoit ses premiers IMAM Romeo Ro.1 

L'accueil par les militaires italiens à Tripoli - Mellaha en fin de matinée est professionnel et amical. Bien que non prévenus, les italiens tirent un fumigène dés l'arrivée de l'appareil pour indiquer le vent, puis  invitent Violette et Jacques au mess pour prendre le café tandis qu'une voiture militaire est mise à leur disposition pour aller en ville. Ville moderne, nombreux magasins, hôtels confortables seront crédités au régime italien par tous les voyageurs de cette période.
Mais tous les appareils qu'ils voient sur le terrain portent des traces de balles des dissidents, leur faisant souhaiter de rejoindre rapidement Le Caire.

La visite du Moth effectuée par Jacques dans l'après-midi pour vérifier le moteur dont la compression donne des signes de faiblesse est plus décevante, faisant apparaître une fissure dans la pompe à huile. Pour ne pas perdre de temps, le couple décide néanmoins de prendre le risque qu'il estime limité de commander la pompe en vue d'effectuer la réparation lors de l'escale du Caire et de continuer le lendemain.
Lors du dîner au mess des officiers, une invitation du gouverneur de Tripolitaine leur parvient pour le lendemain à 10H00.

Ils rencontrent dans son bureau situé dans le château de Tripoli dominant la baie le Général Emilio de Bono, l'un des compagnons de Mussolini qui leur évoque les difficultés locales et confirme son soutien pour la suite de leur voyage au dessus de la Lybie, puis décollent pour Syrte. Ils sont accompagnés au décollage par un Caproni.
Il s'agit d'un Ca.3 ou d'un plus récent Ca.73/74 qui commençaient à arriver en Afrique du Nord. Une "Squadriglia Mixta" était basée à Tripoli - Mellaha
Ils reviendront à diverses reprises à tripoli dans leurs voyages des années 30, et y seront toujours bien accueillis, par di Bono ou le Maréchal Balbo qui le remplacera ultérieurement.
Le Farman F291 de Jacques de Sibour portera plusieurs dessins en souvenir d'événements ou d'accueils marquants ; on y voit notamment l'insigne de la 89a Squadriglia de Tripoli et de la 16a Squadriglia de Benghazi.
  
  • Lundi 15 octobre : Tripoli - Misurata - Syrte ( 360 km en 6H00 environ)

Le décollage s'effectue - probablement vers 11H30 ou 12H00 - alors que la chaleur s'installe.  A mi-chemin environ,  ils survolent le petit poste italien de l'oasis de Misurata. Le terrain de secours étant à environ 3 km du village, ils décident de se poser pour déjeuner. L'accueil d'abord réservé, puis amical, des officiers italiens ne compense pas l'omniprésence des mouches, y compris dans la nourriture.
Reconduits en voiture au terrain, ils redécollent pour Syrte, où ils parviennent sans encombres, retrouvant un accueil amical, et ...  les mouches.

Dans Flying Gypsies, Violette évoque deux vols de 3H00 environ. A moins d'une erreur toujours possible, ceci laisse supposer, outre un bon vent d'est, que Jacques ne forçait pas le moteur.  
  
  • Mardi 16 octobre : Escale à Syrte

A leur arrivée à Syrte, Jacques et Violette sont logés avec les officiers - aucun hôtel n'existant alors. Puis dîner au mess avec les produits du bord.
Le lendemain, le réveil avec les mouches à 4H00 du matin permet à Jacques de se replonger dans le moteur dont un cylindre laisse toujours à désirer... sans plus de succès. Après un déjeuner à 11H30 avec le commandant de la place, pendant lequel  l'annonce par Violette de la présence - à bord d'un avion piloté par des franco-britanniques - d'une caméra jette un froid chez des militaires en état de conflit larvé, il est trop tard pour repartir sur Benghazi.

Le départ n'a ainsi lieu que le lendemain matin dans la brume...
  
  • Mercredi 17 octobre : Syrte - El Agheila - Benghazi ( 330 + 220 km )

Après 2H30 mn de vol, le couple survole El Agheila et décide de se poser pour déjeuner dans cet avant-port de la Cyrénaïque. Après quelques passages pour signaler leur arrivée, le Moth se pose sur le terrain local, terrain de secours, où un camion vient les chercher, ils sont conduits au mess pour un déjeuner rompant en qualité avec les repas des jours précédents.
Décollage ensuite pour Benghazi où ils remettent le Moth pour entretien aux mécaniciens de la base militaire.
  
  • Jeudi 18 octobre : escale à Benghazi

Benghazi leur apparaît comme encore plus moderne que Tripoli, et la région est plus fertile. Le gouverneur, Attilio Teruzzi, les invite à déjeuner dans son palais. Durant le repas, il leur suggère de visiter Cyrène, proposition qui enthousiasme Jacques.
La 16a Squadriglia qui les accueille à Benghazi, peut-être encore équipée de Ca.3, a reçu en 1927 ses premiers Ca.73.
  
  • Vendredi 19 octobre : Benghazi - Apollonia - Tobrouk ( 200 + 200 km )

Réveillé par les moustiques, le couple s'envole vers Apollonia poussé par un fort vent d'ouest et atterrissent sur un terrain entouré de barbelés. Pris en charge à leur arrivée par les militaires italiens, ils prennent conscience que la zone est sous la menace permanente. De ce fait, ils prennent place dans un convoi de 2 camions transportant une vingtaine de soldats qui les accompagnent à Cyrène pour assurer leur protection contre les rebelles.
Leur visite des ruines est guidée par le Professeur James H. Oliver du musée d'Alexandrie, responsable du chantier de fouilles ... et étendent leur visite au village local.
De retour à Apollonia, ils décollent pour Tobrouk, accompagnés sur tout le trajet par un SVA, ce qui leur permet de prendre au plus court en coupant par l'intérieur des terres.
  
  • Samedi 20 octobre : escale à Tobrouk

Bien que toujours rustique, l'escale de Tobrouk est mieux aménagée que celle de Syrte. Pour  se reposer avant la longue étape désertique qui leur permettra de rejoindre Le Caire, le couple décide de passer une journée tranquillement à Tobrouk.
  
  • Dimanche 21 octobre : Tobrouk - Le Caire ( 750 km en 5h40mn )

Après une soirée qui s'est prolongée tard, lever à 4H00 du matin. Au départ, deux SVA accompagnent le Moth pendant une demie heure avant de le laisser continuer seul. Au bout d'une heure environ, l'avion passe la frontière égyptienne à Solum et aprés un long vol au dessus du désert atteint Le Caire - Heliopolis.
Ce sera en fait l'une des quelques longues étapes réalisées par le Moth pendant son tour du monde.


  
L'Afrique du Nord italienne du dimanche 14 octobre au dimanche 21 octobre 1928

Si l'accueil italien est particulièrement chaud et amical, Tripoli devient une ville moderne et agréable sous la présence italienne, mais Tripolitaine et Cyrénaïque sont loin d'être pacifiées; le climat est de plus en plus sévère. Le moteur Gipsy commence à donner des signes récurrents de fatigue qui mettront en cause plus tard le projet.
Sortis de Tripoli, la Lybie se présente sous un jour moins agréable : outre les inconvénients liés à la chaleur, comme les mouches de Syrte, méfiance et prudence sont de règle dans des places-fortes italiennes sous la menace constante des tirs des dissidents.
Cela n'interdit pas le tourisme, comme la visite d'Apollonia et Cyrène, mais sous haute protection et la même prudence suggère des vols en groupe aimablement effectués par les militaires italiens.

Passé Tobrouk, c'est le grand désert libyen. Malgré tout, la longue étape désertique de Tobrouk au Caire se passe sans encombre pour le petit Gipsy Moth.
Jacques et Violette retrouvent sans regret la civilisation britannique exportée au Caire.
Arrivée au Caire (Flying Gypsies)
Arrivée à Sétif  (Flying Gypsie)
Introduction

Idée lancée au cours d'une discussion sur les grandes chasses, le tour du monde entrepris par Jacques et Violette de Sibour a d'abord pour objectif une partie de chasse au tigre en Birmanie ou en Indochine. Atteindre Rangoon, a fortiori Saigon, et c'est le succès du voyage. Le retour par les États-Unis, imposé par les risques de la mousson, est aussi la cerise sur le gâteau qui permettra de rendre visite à la famille ... .

Tout en restant un appareil de série, le Gipsy Moth "G-EBZR" a été spécifié pour ce voyage. Il est équipé de réservoirs supplémentaires, portant l'autonomie à plus de 800 km (soit environ 7h de vol). Les ailes sont équipées de fentes de bord d'attaque. Sa consomation est estimée à 17l/h (et 0,4l d'huile) à une vitesse d'environ 140 km/h.
Le coût de l'appareil à l'achat fut de 3250$. Le coût de ce voyage de 30.000 km en Gipsy Moth était estimé à 1125$, hors dépenses personnelles. Au retour, Jacques de Sibour estimait qu'un confortable tour du monde pour 2 personnes supposait une enveloppe financière de 5000$.

Dans cette configuration, la charge utile est réduite. D'autant qu'il faut respecter une règle d'or britannique : pour dîner, on s'habille (robe de soie noire et bijoux pour madame, costume cravate pour monsieur) et garder sous la main appareil photo et camera.
Les vêtements , les pièces de rechange, les armes et équipements spécifiques à certaines étapes devancent les voyageurs par le courrier. Pour la fourniture des produits pétroliers, un contrat global a été passé avec Shell.

Pas de risque inutile : il s'agit de tourisme, pas de raid. Les étapes seront d'environ 400km; on s'arrête si nécessaire, voire pour le plaisir.
L'assistance technique du constructeur fut permanente; de plus Jacques de Sibour sut s'assurer l'appui des militaires dont les bases sont de loin mieux équipées que les terrains civils.

L'ensemble du voyage supposait 225 h de vol pour 30.000 km, soit une révision majeure prévue au bout de 150 h. En fait, un changement de moteur s'avéra indispensable après le Moyen-Orient. Le véritable problème fut le transport des pièces détachées qui prenait plusieurs semaines de délais, même pour des petites pièces comme un piston. A fortiori, pour un moteur complet. Ce fut en fait là que résida la principale difficulté qui faillit faire capoter le projet.  

Avant et après son voyage, Jacques de Sibour sera un fervent propagandiste du tourisme aérien.
Plusieurs motifs peints sur le capot moteur droit du Farman F291 "F-ALER avaient trait aux événements les plus marquants de leur tour du monde.
Des dessins différents figuraient du côté gauche.
Coll. de Sibour